Dossiers

FEMMES KAMIKAZES

FÉLIX DE VAUDREUIL

CONTEURS

           

 

KAMIKAZES

AU FÉMININ 

 

Irak, 1er février 2010
Au moins 46 personnes ont été tuées et plus de 120 autres blessées aujourd'hui dans un attentat-suicide commis par une femme contre des pèlerins chiites à Bagdad.
La kamikaze a fait sauter sa ceinture d'explosifs au milieu de pèlerins dans les faubourgs du quartier majoritairement chiite de Chaab, à Bagdad. L'explosion s'est produite alors qu'elle patientait avec d'autres femmes qui attendaient d'être fouillées par des agents de sécurité à un contrôle à l'intérieur d'une tente.

Irak, 23 avril 2009
Et ça reprend de plus belle…

Trois attentats suicide commis par des femmes contre des pèlerins chiites ont fait au moins 25 tués, des femmes et des enfants pour la plupart,  à Bagdad, où se déroule l'une des plus importantes fêtes de l'islam chiite.

Irak, 21 avril 2009...
Des policiers irakiens distribuaient de l’aide à des familles déplacées quand une kamikaze s’est fait exploser dans le sud-ouest de Bagdad, tuant 28 personnes et en blessant 52 autres.
Selon un policier, la kamikaze portait la traditionnelle abaya noir cachant ses explosifs.

Irak, 19 février 2009…
Huit personnes ont été tuées et vingt blessées lorsqu’une femme kamikaze s’est fait exploser au passage d’une patrouille des comités Al-Sahwa, groupes d’ex-insurgés payés par l’armée américaine, dans le Nord de l’Irak. Des femmes et des enfants apparaissent parmi les victimes.

Irak, 13 février 2009…
La police irakienne a annoncé qu’une femme s’est fait exploser sous une tente où se reposaient des femmes et des enfants,  dans la ville sainte de Karbala.
La kamikaze a entraîné 30 personnes dans la mort.
Il s’agit du troisième jour d’attentats contre des pèlerins chiites.

29 juillet 2008...

Au moins 56 personnes sont mortes, hier, en Irak. A Bagdad, trois femmes ont fait exploser leurs charges au milieu d'une célébration chiite.

À ce jour, plus d’une cinquantaine de femmes et jeunes filles ont participé à des attaques en Irak, le nombre allant croissant.

De plus, on retrouve de ces kamikazes au féminin que ce soit en Palestine, au Liban, en Tchéchène, Algérie, Sri-Lanka et même en Belgique où on les prépare à mourir.

Le monde entier se pose la question à savoir pourquoi on emploie des femmes pour de tels actes et, aussi, pourquoi s’engagement-elles sur une telle voie du suicide.

On se demande aussi pourquoi ces femmes, parfois des mères de famille, n’hésitent pas à tuer aveuglément des civils, même des femmes et des enfants

Nous allons tenter d’y voir clair au cours des chapitres qui suivront..


ENDOCTRINEMENT
AUX OPÉRATIONS SUICIDE

On connaît les promesses de voluptés charnelles au paradis qui séduisent les hommes musulmans et les poussent au martyre. On connaît moins ce qui motive les femmes à mener des opérations-suicide et à encourager leurs propres enfants à suivre cette voie. Des sites Internet analysés par MEMRI nous donnent la réponse. Cœurs sensibles s’abstenir!

Des forums de femmes sur des sites islamistes - Outils pour préparer les femmes à mener des opérations-suicide et le djihad, par D. Hazan
Un certain nombre de sites islamistes comprennent des forums spéciaux pour les femmes et pour la famille islamique. Un examen de ces forums révèle que plus des deux tiers de leurs participants sont des hommes, que leur objectif est essentiellement l'endoctrinement, et que leur principal souci est l'encouragement des femmes à mener des opérations-suicide - par exemple, en relatant et exaltant des biographies et testaments de femmes martyres dans l'histoire islamique et dans les temps modernes.

Ces forums exhortent les femmes à prendre une part active dans le djihad, ou tout au moins à appuyer ses combattants par le biais de contributions financières. Ils font également la promotion de l’enseignement du djihad dès le plus jeune âge, de la connaissance des fatwas de différents cheikhs sur le djihad et le martyre, et soulignent la récompense qui attend les martyrs, hommes et femmes, au paradis.

Une abonnée de Al-Hesbah se nommant Oum Hamza Al-Shahid a écrit un message intitulé «Réservez-vous un lustre suspendu au trône d’Allah au paradis», dans lequel elle encourage les femmes musulmanes à mener des attentats-suicide.

Voici quelques extraits:
Les âmes des martyrs habitent dans le ventre des oiseaux verts qui se reposent sur des lustres suspendus au trône royal d'Allah au Paradis. Ils errent librement dans le paradis, puis viennent se reposer sur les chandeliers. Soeur, pense comme c’est une merveilleuse vie, comment le paradis est merveilleux, et ce que nous manquons en vivant ici en ce monde.

Vous savez que le martyr ne meurt pas. Il vit, et ne connaîtra jamais la mort, car il est dit dans le Coran 2:154: «Et ne dites pas de ceux qui sont tués dans le sentier d'Allah qu'ils sont morts. Au contraire ils sont vivants, mais vous en êtes inconscients».
 
Vous demandez sûrement: «Quelle est la voie du martyre pour moi, en tant que femme? Comment puis-je trouver le chemin?» Avant de répondre, permettez-moi de dire: Saviez-vous que le tout premier musulman qui a eu le privilège de devenir un martyr est une femme, à savoir Sumayya bint Khayyat? Elle a été cruellement torturée par le chef des infidèles, l'amère ennemi de la foi Abou Jahl, mais elle est restée ferme dans sa religion et sa foi. Elle a craché sur son visage crasseux, ne lui laissant pas d'autre choix que de tirer son épée et la poignarder, puis son corps pur a été jeté dans le désert de La Mecque, tandis que son âme pure monta au Paradis.

Suivez son exemple, ma sœur. Elle a eu l'honneur de devenir une martyre avant que le premier homme n’ait cet honneur. Allah ne nous empêche pas de suivre ses traces.
 
Sœur, avez-vous peur de l'horreur de la mort et l'angoisse de mourir? Sachez que la douleur ressentie par un martyr lorsqu’il est tué, c'est comme la douleur d'une piqûre de guêpe. Ayant entendu cela, avez-vous toujours peur d’oser? Ne souhaitez-vous pas une telle fin - une transition aisée de ce monde au Paradis, sans douleur ni angoisse?

 Puisque la mort est inévitable, pourquoi ne devrions-nous pas laisser ce monde passager dans notre meilleure capacité, qui est en martyr?
Telles sont les paroles d'une de nos soeurs qui a déjà atteint cet objectif, Rim Al-Riyashi. Elle n'avait que 22 ans, et était mère de deux petits enfants, mais elle a considéré sa vie en ce monde de peu de valeur et l’a sacrifiée pour Allah afin d'agiter la bannière de l'islam, en disant dans son testament:

 «J'ai longtemps aspiré à ce martyre pour Allah. J'ai longtemps attendu. Comme je serai heureuse, et quelle sera ma joie si Allah m’accepte comme martyre. Par Allah, mon cœur est rempli de beaucoup d'émotions, et je ne peux pas les contrôler. Comme si un beau rêve avait pris mon corps en charge, comme si mon cœur battait les mots: «Allah, accepte-moi comme martyre». Combien j'aspirais à transformer mon corps en éclats qui déchirent les fils de Sion en morceaux, et à frapper avec leurs crânes sur les portes du Paradis.

Par Allah, même si vous cassiez mes os et me brisiez en morceaux, vous ne seriez pas en mesure de détruire ma foi ou de déchirer ma bannière. Combien je me répétais: Les Juifs sont les ennemis d'Allah, comble-toi de haine pour eux et transforme ton sang en un sentier sur lequel tu marcheras vers le Paradis».

Dans un autre message, intitulé «En fait, les hommes n’ont pas le monopole du martyre», Oum Hamza Al-Shahid décrit les derniers moments d'une femme kamikaze:
«Elle a récité la prière du matin et puis s'est assise en invoquant le nom d’Allah jusqu'à l'aube. Dans son esprit, elle a entendu les paroles d'un frère qui avait choisi la voie du martyre: "Même si j’étais morte tout en priant, j’aurais regretté d’avoir raté l'occasion de mourir en martyre dans une guerre pour Allah."

Elle sortit et marcha en silence, son âme se remplissait d’une profonde confiance et tranquillité. Elle a passé les doigts sur la ceinture d'explosifs dissimulée sous ses vêtements pour s’assurer qu'elle était solidement fixée. Elle continua. Ensuite, une foule de Juifs sales se dessina au loin et elle se hâta d’aller à leur rencontre. Elle a réussi à se glisser dans la foule sans que personne ne la remarque.

Son cœur palpitait, non pas par crainte des ignobles Juifs, mais parce que sa mémorable rencontre avec Allah était proche. Il lui semblait que le ciel était plus léger et brillant que jamais. Elle a pénétré plus profondément dans la foule, son souffle jaillissant en gerbes et l’étincelle de la mort brillait dans son regard, et... Allah Akbar!

 L'explosion a retenti fort, violente, assourdissante, et destructrice. Les parties des corps des Juifs éparpillés partout, et le sang versé sur la terre des prophètes, alors que son âme pure montait au ciel, aux lustres du Paradis, un havre de lumière, de paix et d'éternité».

Un abonné s’appelant Sayf Allah [Épée d’Allah] a posté un lien vers une vidéo, accompagnée d'un message intitulé «Pour les femmes qui sollicitent le martyre»:
«Pour nos chères sœurs sur ce forum, et à toutes les sœurs partout dans le monde qui sont dévotes dans leur foi, voici un simple vidéo sur plusieurs femmes qui sont devenues des martyres, et qui, dans leur testament final, exhortent les autres à mener le djihad».

Le forum des femmes sur le site islamiste Al-Shumoukh présente un extrait d'un livre intitulé «Le djihad et le combat dans la politique basée sur la charia», par le Dr. Muhammad Khayr Haykal, qui incluait ce qui suit: «Le martyre pour Allah est l'une des valeurs que l'Islam glorifie, et qui confère prestige à celui qui le met en œuvre.

Par le biais du martyre, on reçoit la vie éternelle et on évite la mort, qui est le lot de tout le monde. Les portes du Paradis s’ouvrent devant le martyr, et la vie en ce monde se poursuit pendant que les martyrs se prélassent dans les plaisirs du Paradis. Après que leur âme quitte leur corps, Allah leur construit des palais.»

Une femme rêve habituellement d’un mari, d’une grande maison, d’enfants ... Mais il y a d’autres femmes, des combattantes du djihad qui sacrifient leur âme au côté des hommes; Elle a mis un suaire, a attaché une ceinture d’explosifs, et est partie. C’était le moment critique dans sa décision de rencontrer Allah en martyre.

Une abonnée s’appelant Rabab Khatem a écrit sous le titre «Les femmes djihad des temps modernes feront l’histoire»: Pendant longtemps, j'ai pensé à cette femme qui a tout quitté, abandonné les doux plaisirs de ce monde.

 

Abandonné son âme et son argent afin de se prouver l’égale des hommes et de prouver que la religion d'Allah est plus importante que sa propre vie. J'ai essayé de trouver d'autres femmes comme elle au milieu de mon peuple, mais je n’ai trouvé que des animatrices de TV flashy, des danseuses, des chanteuses, etc, qui se présentent comme des modèles pour l'humanité et qui, en fait, servent de modèles pour celles qui souhaitent suivre leur exemple indigne.

J'ai planifié d’écrire à son sujet pendant longtemps. J'ai cherché les plus belles paroles qui ont été dites à son sujet, et j’en ai trouvé beaucoup, mais aucune aussi merveilleuse que celles écrites à son sujet par l’abonné du forum Louis Atiyyat Allah sous la rubrique:
«Lamentation pour une chevalière musulmane»

Alors que j'écris ces mots, la tristesse de ne pas être parmi vous afflige mon cœur. Je voudrais pouvoir être parmi vous, ce qui aurait été un immense privilège. Quelle valeur y a-t-il dans une vie agréable qui se termine dans la tombe, sans gloire qui passera à l’histoire, et sans avoir servi fidèlement la religion d'Allah.

 La femme chevalier a dit: Allah, accepte mon sang aujourd'hui et qu’il te plaise. Une femme dans le présent monde rêve habituellement d'un mari, d’une grande maison, des enfants. Cependant, il existe d'autres femmes - louanges à elles - qui ont décidé de sacrifier leur âme aux côtés des hommes, elles sont sans aucun doute des combattantes du Djihad.

Les femmes du courageux peuple tchétchène ont sacrifié leurs enfants et leur argent. Elles ont rejoint la marche des martyrs, elles ont refusé d’accepter l'oppression, et comme l'ennemi intensifiait sa cruelle oppression, leur ténacité et leur préparation pour le sacrifice s’est fortifiée.
Une femme a été appréhendée par les Russes, et un haut officier russe a violé son honneur. Elle a juré vengeance. Elle a commencé à se préparer, à compter les jours jusqu'au jour où elle sacrifierait sa plus précieuse possession au nom de la religion et de l'honneur.

Elle a enfilé un linceul, sanglé une ceinture d'explosifs autour de son corps et est allée à lui, et lorsque le moment est venu, elle s'est approchée de lui, et c'est alors qu'elle a mis à exécution sa détermination à rencontrer Allah comme martyre.

C'est l'histoire de jeunes femmes, dans le printemps de leur jeunesse, qui se sont introduites dans un théâtre russe déguisées en journalistes, déterminées à se martyriser. L'une d'elles a dissimulé la surprise qu'elle avait préparée pour les Russes dans sa caméra, tandis que l'autre l’avait enroulée autour de sa taille. Aussitôt que les hauts responsables russes régionaux se sont réunis dans les lieux, les portes ont été verrouillées, de sorte qu'ils puissent savourer pleinement ce qui avait été préparé pour eux, et la fin est venue avant même que l'événement commence. Loué soit leur acte, qui passera à l'histoire.

Notre coeur se réjouit à la vue de femmes dont l’âme languit pour la guerre sainte pour l'amour d'Allah
Le site Al-Hesbah a affiché un article écrit par le cheikh Abd El-Rahman Al-Sahim louant les femmes qui rejoignent le djihad. Voici quelques extraits:
Par Allah, la poitrine se gonfle à la vue des processions de martyrs qui retournent à Allah. Le cœur bat plus rapidement à entendre l’histoire d'une jeune femme qui s'élève au-dessus du monde de la mode et renonce au monde matériel. L’âme exulte à la vue d’une femme avec de grandes aspirations dont l'âme languit pour le djihad à la gloire d'Allah. À la vue de telles choses, je dis:
La nation est toujours saine. Il est regrettable pour ses ennemis qu'ils combattent contre une nation qui a des femmes d’un tel caractère. Une nation qui donne naissance à des femmes de cette nature est une nation qui ne mourra jamais. Par Allah, mon coeur est prêt à sauter de ma poitrine comme je lis la recherche par une jeune femme qui n’a pas encore 20 ans sur la guerre contre les ennemis, et sa participation dans le djihad à travers le martyr.

Aujourd'hui, mon pays a besoin de femmes qui portent le fardeau, plutôt que celles qui sont elles-mêmes une charge pour le dawa et les prédicateurs. C'est pourquoi je dis aux femmes: «soyez celles qui portent le fardeau de la dawa et la bannière de la victoire et de la gloire».
Si vous pouvez sacrifier votre âme - Quel grand sacrifice ce sera!
Le site Al-Shumoukh a affiché un article intitulé «Un appel de la Mère de martyrs à ses soeurs dans le forum», en date du 1 er octobre 2007, dans lequel l'auteur anonyme déclare: «Ma soeur, vous êtes une partie indissociable de ce glorieux DJihad, et sans vous nulle armée n’avancera et nulle bannière ne sera hissée.

Par conséquent, ne sous-estimez pas la valeur de votre effort, car il a un impact significatif. Si vous avez un ami ou un parent en qui vous avez confiance, essayez de l'orienter sur le chemin du djihad - et grande sera votre récompense! Ne dévoilez pas vos intentions à qui que ce soit - et même à ceux qui vous sont très proches, car le secret est la clé du succès. Si vous pouvez sacrifier votre âme, quel grand sacrifice ce sera. Sachez, ma chère, que plus vous sacrifiez, plus vous serez récompensée dans ce monde et aussi dans le monde à venir».

Pourquoi ne devrait-il pas y avoir des femmes combattantes du Djihad contemporain qui sacrifient ce qu’elles ont de plus précieux et offrent leur âme pour l'amour de la religion?
Un autre message sur Al-Hesbah, intitulé «La Femme chevalier islamique» par un participant qui s’est nommé «Admirateur du cheikh Abou Mousab Al-Zarkaoui», appelle les femmes musulmanes à suivre l'exemple des femmes des débuts de l'Islam et à sacrifier leur âme pour le bien de la religion.

Voici quelques extraits:
Mes soeurs, les combattantes musulmanes du djihad. Nous voulons suivre la voie de la grâce et du djihad prises par nos mères et nos soeurs des débuts de l'islam.
Malheureusement cependant, la faiblesse de notre époque, qui assaille actuellement les musulmans, a jeté une ombre sur leur vie, créant des distorsions que l'islam rejette.

 Pourquoi les femmes contemporaines ne devraient-elles pas être des combattantes du djihad, sacrifier ce qui est le plus précieux pour elles et accorder leur âme pour le bien de la religion ? Les femmes musulmanes à l'époque du Prophète et des Califes ne rejoignaient-elles pas l'armée et ne menaient-elles pas le djihad?

 Les femmes ont continué à prendre part à des guerres menées par des armées musulmanes, aidant à obtenir des approvisionnements, des fournitures d'aide médicale, et prenant part aux combats - jusqu'à ce que les musulmans s’éloignent progressivement de l'islam, supprimant de nombreuses traditions islamiques - et parmi elles, celles qui ont accordé aux femmes la légitimité de mener le djihad.


WAFA,
BOMBE HUMAINE
ET FLEUR DE PALESTINE


Le 25 janvier 2002, Wafa Idriss, 25 ans, se fait exploser en plein cœur de Jérusalem, faisant un mort et des dizaines de blessés. Première femme kamikaze palestinienne, la jeune femme est désormais considérée comme une martyr par son peuple. Du moins, elle est entrée dans l’histoire.

 

Wafa Idriss était une ambulancière du Croissant-Rouge, spécialisée dans les premiers soins. Elle vivait avec sa famille dans un camp de refugiés.
À 16 ans, elle se marie avec son cousin, mais les pressions familiales pousseront le couple à divorcer neuf ans plus tard, car Wafa était stérile.
D’autre part, sa famille rappelle qu’elle fut battue par un soldat palestinien et blessée par balle en caoutchouc.

Ci-dessous des extraits d´un programme télévisé pour enfants, où ces derniers entendent le récit mythifié de la bombe humaine Wafa Idris. L´émission a été diffusée sur la télévision Al-Qods le 1er décembre 2009. Extraits :
 
Animateur : Il était une fois une jeune fille qui étudiait à la faculté de médecine. Elle vivait dans un camp de réfugiés appelé Al-Amaari. Le camp Al-Amaari, mes chers enfants, se trouve près de la ville de Ramallah, en Palestine occupée. […] (Wafa Idris) est allée trouver le commandant de la résistance pour lui demander d´accomplir une opération martyre. Quoi ? !
Une fille qui mène une opération martyre ? Elle lui a répondu : "Je veux mener une opération martyre, comme n´importe quel jeune homme de la résistance."
 
Evidemment, le commandant a d´abord hésité parce que c´était la première fois qu´une chose pareille arrivait. Depuis le début de l´Intifada, aucune Palestinienne n´avait perpétré d´opération martyre. Mais Wafa a insisté jusqu´à convaincre le commandant que les sionistes ne feraient pas attention à une jeune fille.

En général, ils n´inspectent que les jeunes hommes. Le commandant a donc donné son accord. Face à sa détermination, son courage et son obstination, il a accepté. […]
 
Elle s´est donc mise en route. Au moment de partir, elle s´est souvenue de quelque chose. De quoi ? Pas d´un parent ni d´un proche. Elle s´est souvenue qu´elle n´avait pas nourri les colombes sur le toit. Elle s´est hâtée de grimper sur le toit. Dès que les colombes l´ont aperçue, elles se sont mises à battre des ailes. Wafa a pris une colombe blanche dans ses mains. Son aile s´était déchirée deux jours plus tôt.
 
Wafa l´a caressée doucement en lui disant : "N´aie pas peur, colombe blanche, colombe de la paix. Demain, tu pourras de nouveau voler. Tu retourneras à ton nid dans la Vieille ville de Jérusalem. Demain, le ciel s´ouvrira devant tes ailes et tu survoleras la Galilée, Naplouse, Djénine, Bethlehem et Hébron."
 
Wafa est allée comme d´habitude à son travail, mais elle a bien sûr pris un jour de congé et est partie. Pourquoi ? Parce qu´il était temps d´accomplir l´opération héroïque. »

Chanson à la gloire de Wafa

Une chanson à la gloire de Wafa Idris, la première femme terroriste suicide, qui s’est fait exploser au centre de Jérusalem, a été diffusée à la télévision palestinienne – PA TV – trois fois en quinze jours. Cette chanson exalte et loue à la fois Wafa et son acte de terrorisme suicidaire. On dit d’elle qu’elle est “une fleur” et a “le battement de cœur de la fierté” et on y applaudit le choix qu’elle a fait de mourir: “Tu as choisi Shahada, et dans la mort tu as donné vie à notre volonté.”
Les paroles:

Chanteuse: “Ma sœur, Wafa,“Ma sœur, Wafa,
“Oh, le battement de cœur de la fierté,
“Oh, la fleur qui était sur terre et est maintenant dans les cieux, (2 fois)
“Ma sœur, Wafa,
“Ma sœur, Wafa,
“Oh, le battement de cœur de la fierté,
“Oh, la fleur qui était sur terre et est maintenant dans les cieux, (2 fois)
“Ma sœur, Wafa…”
Chœur: “Allah Akbar! Oh Palestine des Arabes
“Allah Akbar, Oh Wafa!”
Chanteuse: “Mais tu as choisi Shahada,
“Dans la mort tu as donné vie à notre volonté.
“Mais tu as choisi le martyre – Shahada,
“Dans la mort tu as donné vie à notre volonté.”

 

SE SACRIFIER POUR TUER
LE PLUS DE SOLDATS POSSIBLE

Tchétchènes ou palestiniennes, de plus en plus de femmes commettent des attentats suicides. Dans ce domaine, les zélateurs du jihad pratiquent d’autant moins la discrimination qu’elles constituent une arme redoutable, nouveau cauchemar des services de sécurité.
 
Pourtant conçues, elles aussi, pour donner la vie, ces femmes-là choisissent de sacrifier la leur pour apporter la mort.

« Eloignez-vous, je vais me faire exploser ! » a hurlé, au moment de l’assaut, avant l’hécatombe, aux femmes et aux enfants entassés au rez-de-chaussée de l’école de Beslan l’une des « veuves noires » du commando terroriste tchétchène.

Mère de famille ou adolescente, palestinienne ou tchétchène - comme Amanta Nagaïeva et Satsita Djebirkhanova, auteurs présumées du double attentat terroriste qui a détruit en vol, le 24 août, deux Tupolev - voire irakienne ou turque, chacune s’est un jour chargée d’explosifs pour se transformer en bombe humaine au milieu d’une foule, à la terrasse d’un café, dans un autobus, à proximité d’un barrage de l’armée. Ou encore à bord d’un avion, comme Amanta et Satsita, à la veille de l’élection présidentielle tchétchène jouée d’avance.

Aussi désespérées que fanatisées, elles ont rejoint dans l’au-delà ces martyrs hommes dont elles se voulaient les égales, avec l’espoir d’une nuit des temps plus clémente que ne l’étaient leurs jours ici-bas. Quelques-unes cependant ont échoué dans leur funeste mission. Soixante-quinze femmes sont actuellement incarcérées en Israël pour avoir tenté ce type d’action terroriste ou y avoir participé comme complices des kamikazes. Et leur nombre ne cesse de s’accroître.

« J’ai décidé de me sacrifier pour nous venger en tuant le plus de soldats possible »

C’est le cas de Samaa Atta Bader, de Naplouse, 19 ans, qui a accepté de s’entretenir avec L’Express dans sa cellule de la prison israélienne, à 30 kilomètres de Tel-Aviv, où elle a purgé une peine de dix-huit mois pour avoir projeté un attentat suicide en Israël, accusation qu’elle n’a pas démentie.
« Tout le monde aime la vie et j’avais des projets, comme de poursuivre mes études de droit à l’université Al-Najah pour être avocate, mais, explique Samaa, face à l’occupation israélienne, aux images de mort apportées par Tsahal lorsqu’elle a, à nouveau, envahi Naplouse, j’ai décidé de me sacrifier pour nous venger en tuant le plus de soldats possible. »

Arrêtée le 16 juin 2004 sur dénonciation, la jeune fille enrôlée par les activistes islamistes du Tanzim assure « avoir beaucoup prié » pour prendre sa décision, mais n’en avoir rien dit à sa famille, comme promis aux responsables religieux de son mouvement, qui l’ont « aidée à se préparer » pendant un peu moins d’un mois. « En fait, précise-t-elle, je n’avais pas vraiment besoin de préparation car on avait déjà beaucoup parlé à l’école de la question du shahid [martyr] et 99% de mes amies, qui ont toutes un frère ou un parent tué, sont prêtes au sacrifice. » Et de conclure en soupirant derrière son voile : « Vous savez, avec l’occupation, de toute façon la mort est notre quotidien ! »
Avocate, Hanadi Taysser Darajat, originaire de Jénine, en Cisjordanie, n’ira, quant à elle, jamais plaider la cause des siens devant un tribunal terrestre. Le 9 octobre 2003, son gracieux visage encadré de cheveux noirs gisait, loin de son corps déchiqueté, au milieu du restaurant Maxim, à Haïfa, jonché de lambeaux de chair ensanglantés.

A 29 ans, sixième femme kamikaze palestinienne depuis le début de la seconde Intifada, en septembre 2000, Hanadi aurait, selon le Jihad islamique, voulu venger, en provoquant cette hécatombe (19 civils israéliens juifs et arabes tués), la mort de son frère et de son cousin, tombés quatre mois plus tôt sous les balles de Tsahal.
 
Quelques jours après le massacre, des petites photos de la taille d’une carte à jouer étaient distribuées à la sortie des écoles de filles de la bande de Gaza et de Cisjordanie pour immortaliser le souvenir de Hanadi, tandis que les bulldozers de l’armée israélienne rasaient en représailles sa maison familiale devant les jeunes du voisinage serrant les dents et brandissant le poing.

Alors que le premier kamikaze masculin du conflit israélo-palestinien s’est tué en 1993, ce n’est que neuf ans plus tard que les femmes se sont jointes à cette mortelle randonnée. Ce fut d’abord, en 2002, à l’initiative du Tanzim, affilié au Fatah, mais, depuis 2003, le Jihad islamique recrute lui aussi des shahidas, bientôt imité par Hamas, qui envoie, le 14 janvier 2004, Reem al-Reyashi, 22 ans, déclencher la ceinture d’explosifs qu’elle dissimulait sous son manteau, tuant quatre Israéliens, dont trois soldats, à Erez, le principal point de passage de la bande de Gaza. « Je voulais que les morceaux déchiquetés de mon corps s’envolent dans toutes les directions », dira-t-elle, souriante, le front ceint du bandeau vert de l’islam et un kalachnikov à la main, dans un enregistrement vidéo distribué après sa mort par Hamas. Ou encore : « Le feu de la vengeance ne s’éteindra jamais. Il continuera à brûler jour après jour, jusqu’à ce que les ennemis soient détruits et quittent notre terre. Depuis l’âge de 13 ans, je rêvais de mener une telle opération. »

Faisant preuve d’une effrayante détermination, elle avait tranquillement expliqué aux sentinelles israéliennes venues la contrôler qu’elle risquait de déclencher l’alarme de leur détecteur en raison d’une broche métallique qu’elle prétendait avoir dans la jambe !

Reem, l’implacable kamikaze, était la maman de deux enfants de 1 et 4 ans. Issue d’une famille commerçante prospère de la bourgeoisie de Gaza, elle habitait dans un quartier résidentiel, au bord de la mer, loin des insalubres camps de réfugiés aux conditions de vie éprouvantes.

« Le jihad au féminin rend notre tâche de détection et de prévention mille fois plus difficile »


Si les crimes d’honneur sont une réalité au Moyen-Orient, la froide détermination de la jeune femme, qui n’a montré aucun signe de nervosité en présence des soldats israéliens, fait en tout cas douter la plupart des observateurs de cette version trop commode.

Une universitaire palestinienne, Islah Jad, qui s’est penchée sur le rôle des femmes dans la lutte, assure : « Si quelqu’un, ou une organisation, forçait, d’une manière ou d’une autre, les femmes à se suicider, la plupart reculeraient à la dernière minute. Or le nombre de celles qui renoncent ou se livrent à la police est infime. En revanche, les candidates sont de plus en plus nombreuses. » Pourtant, les services de sécurité israéliens assurent que si sept Palestiniennes ont effectivement commis des attentats suicides, une dizaine d’autres n’ont pas mis leur projet à exécution.

Yasser Arafat les a-t-il encouragées lui-même, ainsi qu’on l’a dit ? Il semble, comme le souligne la journaliste américaine Barbara Victor, auteur du livre Shahidas. Les femmes kamikazes de Palestine (Flammarion), que le chef de l’Autorité palestinienne ne l’ait pas fait expressément ; mais il a invité les femmes à participer à la lutte armée au péril de leur vie :

« Vous êtes mon armée de roses qui écrasera les chars israéliens. » Et, en janvier 2002, il crée le féminin du mot « martyr » : « Shahida jusqu’à Jérusalem ». On notera, par ailleurs, que, dans les rangs tchétchènes, les femmes ont été également appelées à prendre une place importante dans la lutte pour l’indépendance, y compris en allant jusqu’au sacrifice suprême.

Lors de la sanglante prise d’otages dans un théâtre de Moscou, en octobre 2002, une vingtaine de « veuves noires » voilées étaient présentes avec armes et explosifs. Ce n’est d’ailleurs pas d’aujourd’hui que la femme est capable de se porter volontaire pour des opérations terroristes quasi suicidaires. Ainsi la redoutable Ulrike Meinhof, en Allemagne, dans les années 1970, ou, plus récemment, celle qui assassina Rajiv Gandhi. Sans oublier, bien sûr, qu’en Russie Alexandre II, en 1881, ou Lénine, en 1918, furent aussi la cible de femmes terroristes, même si, en l’occurrence, ces attentats ne visaient pas d’anonymes civils dans la rue...

A l’instar des hommes, les femmes kamikazes ont pleinement conscience de l’importance de leur acte dans la lutte du groupe auquel elles appartiennent. Pour elles, la survie de leur collectivité passe avant leur propre survie. Chacun, chacune apporte sa pierre à l’édifice avec ses
Nouvelle illustration du cycle infernal de la violence et de la haine au Moyen-Orient ou dans le Caucase, dans lequel s’engagent jusqu’au sacrifice suprême des mères de famille instruites ou de milieu aisé, ou des étudiantes, ce phénomène des femmes kamikazes constitue un défi particulièrement déroutant pour les services de sécurité, qu’ils soient israéliens, russes et, plus généralement, occidentaux.

En effet, comme les enfants que l’on dit innocents, les représentantes du sexe que l’on prétend faible sont bien mieux armées que les hommes lorsqu’il s’agit de tromper la vigilance d’un soldat ou d’un policier. Surtout dans ces régions du monde où le tabou de la mixité complique singulièrement les procédures de contrôle et de fouille les concernant. « Le jihad au féminin, confie Guideon Ezra, député à la Knesset et ministre intérimaire de la Sécurité intérieure de l’Etat hébreu (Shin Beth), rend notre tâche de détection et de prévention mille fois plus difficile et nous oblige à changer radicalement notre approche et notre tactique. »

Même inquiétude du FBI, à Washington, devant cette féminisation de la menace kamikaze, constatée tout aussi bien en Israël qu’en Tchétchénie ou à Sri Lanka. Mais aussi dans la mouvance d’Al-Qaeda : un journal arabe de Londres, Asharq al-Awsat, vient de publier une interview, sous le pseudonyme d’Umm Jihad, d’une activiste, présentée comme proche des cercles de Ben Laden, qui annonçait la création d’une unité de femmes qui « feraient oublier aux Etats-Unis jusqu’à leur propre nom ». Rodomontade ou pas, le FBI a consacré un séminaire, début 2004, à l’étude de ce phénomène cauchemardesque où une femme candidate au martyre peut dissimuler sous sa robe de grossesse la terreur chimique ou biologique...

« La femme, la mère, soeur et fille constituent un des ressorts psychologiques majeurs de la guerre prolongée »


Une jeune fille tchétchène, Zarema Moujakhoïeva, qui, le 9 juillet 2003, fut arrêtée à Moscou alors qu’elle hésitait à déclencher le détonateur de sa bombe, a raconté combien elle avait été un moment séduite devant son miroir par la métamorphose vestimentaire qu’impliquait sa mission :

 « On m’avait habillée comme une Moscovite, à la dernière mode : jean, baskets, tee-shirt, surchemise ocre, jolies lunettes de soleil [...] téléphone portable Nokia, tout mignon... » Aux policiers qui l’arrêteront - un artificier sera tué en voulant désamorcer la charge qu’elle portait - Zarema, la jeune fille au look branché, désignera sa ceinture d’explosifs comme celle d’une « martyre de l’islam ».

« Il n’est pas défendu par l’islam d’envoyer une femme pour servir une juste cause comme celle de lutter contre l’occupation, car la femme peut passer là où un homme ne passera pas », déclare cyniquement Youssef al-Qaradawi, un cheikh égyptien qui s’est illustré notamment en prônant le port du foulard islamique dans les écoles françaises. Au-delà de ces considérations pragmatiques, l’implication croissante des femmes dans ce type de mission sans retour s’expliquerait aussi, partiellement, par la volonté de celles-ci de conquérir leur égalité avec les hommes au sein de la société arabe.

Au prix de leur sacrifice, les voilà, elles aussi, trônant à titre posthume sur les posters et sur les fresques allégoriques consacrées aux glorieux martyrs. Loin des terres de Palestine, en Inde, deux films récents, Dil Se (Du cœur) et La Terroriste, ont eux aussi pour héroïnes des kamikazes. Cette douteuse consécration égalitaire, via le terrorisme le plus abject, inspira de grandes envolées lyriques à certains militants extrémistes de la presse arabe. Ainsi cet éditorial du journal islamiste égyptien Al-Shaab après le premier attentat suicide commis par une Palestinienne, Wafa Idris, en 2002 : « C’est une femme ! [...] Une femme, ô vous jeunes de la nation ; une femme, ô vous femmes de la nation qui réclamez la libération de vos semblables ! [...] C’est une femme qui vous apprend aujourd’hui, ô musulmanes, ce que c’est que la vraie libération, avec laquelle les activistes des droits de la femme vous ont tentées [...].

C’est une femme qui démontre aujourd’hui que la libération [de la femme], c’est la libération du corps, enfin affranchi des épreuves et des tribulations de ce bas monde... » La jeune détenue Samaa confiait pour sa part à L’Express que, « pour Dieu, l’homme et la femme sont égaux » et que « du temps du prophète Muhammad les femmes déjà participaient au jihad ».

 

FEMMES KAMIKAZES
EN BELGIQUE…?

Mohamed Rena, Belge d'origine marocaine arrêté au Maroc, a affirmé aux enquêteurs qu'il y avait plusieurs épouses de détenus islamistes en Belgique, prêtes à commettre des attentats-suicide, selon un procès verbal de la police.

Expulsé en juin 2005 de Syrie, où il a suivi des cours dans une école coranique avant de recontrer des dirigeants jihadistes, Rena, 18 ans, regagne la Belgique où il est contacté sur son portable par la femme d'un dénommé Rachid Iba. "Elle m'a demandé de venir à Bruxelles pour la rencontrer et nous nous sommes vus dans une gare", a-t-il confié aux enquêteurs marocains.

"Elle m'a informé qu'il y avait des soeurs (femmes dans la terminologie musulmane) en Belgique, épouses d'islamistes détenus dans ce pays, qui étaient prêtes à faire n'importe quelle opération de jihad (guerre sainte)", a-t-il raconté.

"Elle m'a demandé de les aider en leur trouvant une personne pour les encadrer et leur fournir des explosifs afin de comettre des actes de derstruction", a-t-il ajouté précisant que toute la conversation s'est faite sur des bouts de papier.

"Elle m'écrivait sur un papier ce qu'elle avait à me dire et je lui répondais de la même manière", a-t-il dit aux policiers marocains.

Les polices belge et française ont procédé par la suite à une quinzaine d'interpellations au cours de perquisitions menées chez des proches de la première kamikaze européenne ayant commis un attentat en Irak, une Belge qui s'est fait exploser près de Bagdad.

 

 

QUI SONT-ELLES,
POURQUOI LE FONT-ELLES ?

 

Pour venger trois de ses frères tués par les troupes américaines dans les combats qui ont rasé la ville irakienne de Fallouja en 2004, Sajida Moubarak Atrous al-Rishaoui avait fait le voyage depuis l'Irak avec son mari et deux autres hommes avec l'intention de se faire sauter dans un hôtel d'Amman. Ils ont réussi, elle a échoué.

Appréhendée quelques jours après l'attentat qui a fait une soixantaine de morts, elle a témoigné dans une vidéo: «Dans la salle du Radisson où se tenait une réception de mariage, il y avait des femmes et des enfants. Mon mari a fait exploser sa bombe et j'ai essayé de faire exploser ma ceinture, mais ça n'a pas marché. Les gens se sont mis à courir et j'ai couru avec eux.»

La vidéo-confession et la photo de cette femme ceinturée d'explosifs font le tour du monde. Avec effet de terreur garanti. Dans les opinions occidentales, on éprouve stupéfaction et incrédulité à l'idée qu'une femme fasse comme les hommes et se porte volontaire pour un geste aussi désespéré qu'un attentat suicide.
«C'est mal comprendre les motivations politiques des kamikazes et la stratégie terroriste», affirme Robert Pape, politologue à l'université de Chicago et auteur d'un récent essai intitulé Dying to Win: The Strategic Logic of Suicide Terrorism. Ces motivations, dit-il, procèdent d'une «colère profonde» devant la présence de forces d'occupation et sont fondées sur la conviction, acquise au Liban au début des années 80, que «tuer le plus grand nombre de personnes possible» parviendra à les chasser.

Âgée de 35 ans, Sajida Moubarak, soeur de l'ancien bras droit du chef d'al-Qaïda en Irak, Abou Moussad al-Zarqaoui, n'a pas réagi autrement. Là où les gens veulent voir des fous furieux fanatisés par la religion, dit l'expert, il y a en fait des hommes et des femmes, plus instruits que la moyenne, qui obéissent avec sang-froid à de profondes raisons politiques. «Dans plus de 95 % des cas, les attentats suicide s'explique non par le religieux mais par l'opposition aux forces militaires étrangères.» Cette logique, jouxtée aux affrontements sectaires, continue de jouer en Irak, estime M. Pape.

C'est aussi au Liban que le phénomène des femmes kamikazes apparaît pour la première fois. Le 9 avril 1985, une jeune femme, Khyadali Sana, fait exploser sa voiture piégée près d'un convoi militaire israélien, faisant deux morts parmi les soldats.
 Au total, 41 attentats suicide ont été commis de 1982 à 1986 au Liban contre les forces américaines, françaises et israéliennes, a compilé M. Pape. Les huit premiers ont été le fait d'islamistes purs et durs, les 33 autres, celui de communistes et de socialistes. De ces 33 attentats suicide, six ont été menés par des femmes.

Après Khyadali Sana, une femme, membre du PKK (Parti des travailleurs kurdes), se fera exploser pour la première fois en Turquie, tuant six soldats turcs. En juin 2000 en Tchétchénie, Hawa Barayev entre, à bord d'une voiture piégée, dans un camp militaire russe et fait 27 morts. Le 27 janvier 2002, Wafa Idriss, 28 ans, devient la première Palestinienne à commettre un attentat suicide: elle tue un homme et blesse 90 personnes en se faisant exploser rue Jaffa, une artère commerciale de Jérusalem.


Le Hamas, l'organisation islamiste palestinienne, a refusé au départ d'approuver l'«acte de djihad féminin» et continue d'y être réticent. En partie parce que ces femmes représentent «une menace à l'ordre patriarcal», avance Linda Clarke, professeure d'études religieuses à l'université Concordia. Avant de mourir, la Palestinienne Wafa Idriss aurait d'ailleurs déclaré que «permettre à une femme d'accéder au martyre constitue une étape décisive vers l'égalité des sexes dans le monde arabe».

Pour les organisations religieuses, les femmes sont une arme de dernier recours du djihad, au même titre que les vieillards et les enfants. Le Hamas aurait modifié sa position après avoir pris conscience de la popularité acquise par les femmes recrutées par l'organisation rivale des Brigades al-Aqsa, groupe terroriste laïque rattaché au Fatah. Plus tard, le maître à penser du Hamas, cheikh Amhed Yassine, assassiné , a édicté une fatwa à l'intention des femmes, affirmant que celles qui «commettent un attentat suicide et tuent des juifs sont récompensées au paradis en devenant plus belles que les 72 vierges promises aux hommes martyrs».

Car popularité il y a. Wafa Idriss, prête à «mourir pour tuer», est aujourd'hui considérée comme une héroïne à Gaza et en Cisjordanie. Le sacrifice d'une femme est un puissant instrument de propagande utilisé ad nauseam par les organisations commanditaires et aurait donné, vont jusqu'à dire certains, une nouvelle respectabilité à l'attentat suicide dans la société palestinienne. «Le fait que des femmes se fassent exploser est perçu comme le signe d'une détermination hors du commun», signale Linda Clarke. «Aussi, une femme qui se fait kamikaze ajoute à l'efficacité de la terreur.»

Difficile pourtant de lier à un facteur unique ce qui pousse une femme -- ou un homme -- à vouloir commettre un attentat suicide. L'explication tient à une toile complexe de motifs sociaux, psychologiques et politiques.

Une autre thèse veut que les femmes soient dans leur grande majorité des candidates non pas volontaires mais forcées au suicide, victimes des traditions. Elles se sont rendues coupables de crimes d'honneur, essentiellement l'adultère, et doivent payer pour laver leur réputation et celle de la famille.

La vie personnelle de Wafa Idriss -- poussée au divorce parce qu'elle ne pouvait pas avoir d'enfant -- a nourri cette thèse auprès d'observateurs comme Barbara Victor, ancienne journaliste de CBS, qui a écrit Shahidas, les femmes kamikazes de Palestine.

Pour Mme Victor, une «culture de mort» ronge la société palestinienne et lave les cerveaux. Ses recherches l'ont menée à constater que «toutes [les femmes qui ont commis des suicides terroristes] avaient traversé des tragédies personnelles si graves que leurs conditions de vie étaient devenues intenables au sein de leur propre culture et de leur propre société».

Linda Clarke n'approuve guère ces conclusions, estimant qu'on «exagère l'oppression des femmes dans les sociétés musulmanes». Elle pense, comme M. Pape, que l'attentat suicide est d'abord un geste politique, «même enveloppé dans un discours religieux».

 

DES TALIBANS ACHÈTENT
DES ENFANTS KAMIKAZES

Selon des officiels américains et pakistanais, le leader Taliban, Baitullah Mehsud achète des enfants kamikazes parfois âgés de 7 ans, dans la perspective de l'accroissement des attaques contre des cibles pakistanaises, afghanes et américaines.

Selon un officiel pakistanais, parlant sous couvert d'anonymat étant donné la sensibilité du sujet, le prix courant d'un enfant kamikaze s'établit entre 7000 et 14 000 dollars, ce qui représente une somme considérable dans un pays où le revenu par habitant est d'environ 2 600 dollars par an...
De source officielle américaine, le prix dépend de l'urgence du besoin en kamikaze et de la proximité géographique de la jeune bombe humaine par rapport à la cible désignée.

Selon cette même source, dans certains cas, les enfants sont kidnappés et ensuite vendus à Mehsud.


ENFANTS DE 9 ANS
APPRENTIS KAMIKAZES


Les autorités pakistanaises ont annoncé  avoir arrêté neuf jeunes kamikazes, âgés de neuf à vingt ans, formés par les talibans du nord-ouest à commettre des attentats suicides.

«Neuf garçons formés à commettre des attentats suicide ont été arrêtés, et deux autres se sont rendus aux autorités», a déclaré le porte-parole de l'armée pakistanaise, le général Athar Abbas.

 



Bashir Bilour, un porte-parole militaire dans la vallée de Swat, où l'armée combat les talibans depuis deux ans, a confirmé que neuf des 11 garçons, âgés de 9 à 20 ans, avaient été entraînés à commettre des attentats suicide.

Selon lui, les combattants talibans de Swat ont recruté jusqu'à 200 jeunes garçons, qu'ils ont en partie formés à devenir kamikazes.

«Les parents de nombre de ces enfants ont contacté les autorités, en dénonçant leur lavage de cerveau par les talibans», a-t-il déclaré.

 

 BÉNÉDICTION AUX
FEMMES KAMIKAZES


Le dignitaire chiite le plus respecté du Liban, cheikh Mohammad Hussein Fadlallah, a apporté sa bénédiction aux Palestiniennes kamikazes, estimant qu'elles écrivaient les pages d' une nouvelle et glorieuse histoire pour les femmes arabes et musulmanes.

Dans une interview à la chaîne d'information qatarie al Jazira, le cheikh Fadlallah estime que la guerre sainte que mènent selon lui les Palestiniens contre Israël peut nécessiter que des femmes commettent elles aussi des attentats suicides.

Il est vrai que l'Islam n'a pas demandé aux femmes de mener la guerre sainte, mais il les autorise à y participer si les nécessités d'une guerre défensive dictent que des femmes mènent des opérations militaires ou des opérations suicides
, a-t-il dit.

Nous pensons que les femmes qui commettent des attentats suicides sont des martyrs qui écrivent un nouveau chapitre glorieux de l'histoire des Arabes et des musulmanes
, continue-t-il.

Quand une Palestinienne de 18 ans s'est fait exploser dans un supermarché de Jérusalem, elle est devenue la troisième Palestinienne kamikaze depuis le début de la seconde Intifada en septembre 2000.


 

 L’AMANTE D’AL-QODS


Cette jeune femme, qui se fait appeler "l´amante d’Al-Qods″ a pris part plusieurs fois à des opérations de combat, certaines victorieuses, d’autres non. Mais elle est déterminée à continuer.

L´amante d’Al-Qods : « Voici la ceinture que nous portons ; elle nous permet de nous faire sauter en appuyant sur un détonateur. Ceci est un bouton de sécurité, et en voilà un autre. Nous n’exploserons pas avant d’avoir appuyé dessus. Quand Dieu en aura instillé la volonté dans nos cœurs… Notre force ne réside pas dans le corps mais dans le cœur. Si le cœur le désire et si nous sommes inspirées par Dieu… Toutes les filles en quête de martyre sont inspirées.

 

Tombées en martyrs

Ayat Al-Akhrass
(18 ans)
Tombée en martyre le 29/03/2002
 Ayat est une fille du camp de réfugiés palestiniens de Al-Dihacha, à proximité de la ville de Beitlehem.
 Depuis sa petite enfance, elle voulait participer dans la résistance et le djihad.
 Le jour de son martyre, elle a fait ses adieux à ses camarades d’école en leur disant :
 « Je vais réaliser un acte » sans expliquer de quoi il s’agit.
 Elle s’est approchée d’une de ses camarades en lui donnant un morceaux de papier plié et en lui disant de ne pas le déplier avant le lendemain. C’était son testament…
 Ayat a porté son sac plein d’explosifs. Et dans une rue de la ville de Jérusalem (Al-Quds occupée), le 29/02/2002, elle s’est faite exploser pour que des dizaines de Sionistes tombent tués ou blessés.
 *************************
 
 Andalibe Taqadiqa
(18 ans)
Tombée en martyre le 12/04/2002
 Après les batailles du camp de réfugiés palestiniens de Jénine, la martyre palestinienne Andalibe a voulu montrer au monde entier que le terrorisme et la terreur d’Ariel Sharon dont l’opération de « Rempart protecteur » a totalement échoué. Elle s’est donnée pour mettre en échec un tel terrorisme.
 La scène était émouvante. Andalibe, dans une bande vidéo, lisait son testament en disant :
 « Ce bas monde n’est qu’une vie qui se terminera un jour ou un autre. Il n’a aucun goût, aucun sens. La vie, la vraie, l’honorable est dans le paradis ».
 Le matin de l’opération, Andalibe, avant de sortir, a dit à sa mère qu’elle se prépare à une bonne nouvelle. La mère a cru qu’un prétendant irait venir les visiter.
 La bonne nouvelle était une opération martyre perpétrée par sa fille Andalibe qui s’est faite exploser le 12/04/2002 pour une cause plus chère : la libération de la Palestine.
 *************************
 
Hiba Dragma
(19 ans)
Tombée en martyre le 20/05/2003
 Hiba, 19 ans, est une fille palestinienne qui s’est donnée pour sa cause. Elle habitait le village de Tobass, dans la région de Jénine.
En se faisant exploser, elle a effectué l’opération martyre de Al-Afoula. Elle a été produite à 17h15, le lundi 20/05/2003, à l’entée Est de la zone commerciale sioniste de Hagnime. Trois Sionistes y ont trouvé la mort et cinquante autres ont été blessés.
 *************************
 
Hanadi Djaradate
(28 ans)
Tombée en martyre le 04/10/2003
 L’avocate palestinienne Hanadi Djaradate est née le 22/09/1975 dans la ville de Jénine, au nord de la Cisjordanie.
 Le 04/10/2003 à 7h30, l'avocate Hanadi est sortie sans dire un mot. Personne ne pouvait deviner ses intentions.
 De longues heures sont passées avant que la radio hébreu ne déclare qu'elle s’est fait exploser dans un restaurant sioniste dans la ville de Hayfa. 19 Sionistes ont été tués. Des dizaines d'autres ont été blessées.
 C’est deux jours plus tard qu'on a su que celle qui a effectué l'opération était la jeune fille Hanadi. Cette opération a été adoptée par le mouvement du Djihad Islamique.
 Ainsi, Hanadi est devenue la sixième femme palestinienne qui s'est donnée pour le sentier de l'intifada.
 Ainsi, Hanadi a vengé son frère et son cousin qui avaient été tués par les forces israéliennes en juin 2003.
 Enfin, il est à noter que la jeune femme Hanadi a obtenu sa maîtrise de Droit à l'université de Jarache en 1999.

*************************

 

L’ATTENTAT SUICIDE :
MÉTHODE EFFICACE

 

L'attentat suicide constitue « un acte opérationnel violent indifférent aux victimes civiles, dont la réussite est largement conditionnée par la mort du ou des terroristes.

Pour comprendre la nouveauté du phénomène, il faut exclure la référence aux Kamikazes japonais, qui se voulaient des combattants s'attaquant à des objectifs militaires.

L'originalité du phénomène actuel tient plutôt à l'exacerbation du comportement sacrificiel dans des contextes de plus en plus mythifiés» (Conesa, 2004 : 14- 15).

Il faut garder à l'esprit la distinction entre « martyre » et « kamikaze » afin que ces termes soient compris comme tels dans ce qui suit. Le premier, dont le culte est présent notamment chez les musulmans, se purifie par sa mort de tous ses péchés, témoigne de la croyance qu'il professe et subit l'injustice consacrée par sa mort.

Le kamikaze quant à lui ne peut plus supporter une vie qui lui semble dépourvue de sens et sans aucun avenir. Son monde est déserté par le divin, et la violence lui apparaît comme seule solution pour mettre fin au non-sens de la vie et pour venger les siens.
    
 Le premier attentat suicide contemporain fut la destruction de l'ambassade d'Irak à Beyrouth en 1981. Avec l'assassinat du président libanais pro israélien Bashir Gemayel en septembre 1982, cette méthode devint une arme de stratégie politique qui eu bientôt un impact géopolitique avec le « Parti de Dieu » libanais pro-iranien (Hezbollah) et l'attentat d'octobre 1983 qui força les États-Unis et la France à abandonner la force multinationale qui maintenait l'ordre au Liban.

Elle apparait également au Sri Lanka en 1987 avec les Tigres de Libération D'Eelam Tamoul.
 En Israël et en Palestine, le terrorisme suicide commença en 1992, et devint vers la fin de 1993 partie intégrante d'une campagne systématique avec les attaques de membres du Mouvement de la Résistance Islamique (Hamas) et du Jihad Palestinien Islamique (JPI) entraînés par le Hezbollah, ayant pour but de faire dérailler les accords de paix d'Oslo.
 S'ensuivit de la Turquie en 1995 avec le Parti des Travailleurs Kurdes (PKK), puis de la Tchétchénie en 2000, de la Russie en 2002 et enfin de l'Irak en 2003.

Les attaques suicides se sont mondialisées et visent des cibles de plus en plus disparates.
La multiplication de ce type d'attentat s'explique peut-être par l'échec des autres formes de terrorisme. En effet, selon une étude de la Rand Corporation (An alternative strategy for the war on terrorism) du 11 décembre 2002, l'attaque suicide entraîne quatre fois plus de victimes que les attaques terroristes classiques et permet de frapper directement dans les endroits les plus sensibles du territoire de l'adversaire.

L'attentat suicide est progressivement devenu une technique vulgarisée du terrorisme contemporain. Parce qu'il est un moyen efficace et bon marché, c'est actuellement l'action terroriste la plus répandue.
 
C'est également une forme de terrorisme difficile à combattre, tant dans les sociétés démocratiques que dans les pays où sévissent des conflits de longe durée et pour lesquels le dispositif sécuritaire devrait être plus présent.

Ce type d'attentat est difficilement détectable tant qu'il n'a pas été réalisé. En effet, quoi de plus facile que d'entrer dans un centre commercial faisant mine de magasiner et soudainement déclencher l'amorce d'une bombe soigneusement dissimulée dans un sac ou sous un manteau.

Prévenir ce type d'attaque demande un déploiement de moyens techniques et humains important dont les pays les plus touchés ne disposent pas.

L'évolution ne s'arrête pas là. En effet, actuellement nous assistons à un élargissement du champ concernant les auteurs de ce type d'attentat. Cette forme de terrorisme a finalement ouvert la porte à des femmes combattantes qui sont de plus en plus impliqués dans ce qui était par le passé une affaire majoritairement masculine. Il semble même qu'elles aient trouvé dans ce type d'action leur terrain de prédilection pour participer activement à la lutte terroriste.

 

 

Aperçu sommaire des attaques suicides perpétrés par des femmes

 

Date

Lieu

Nom

Données biographiques

Attentat

Cible

Réussi

21.05.91

Sriperumbudur (Sri Lanka)

Thenmuli Rajaratnam

Violée par des soldats indiens

Bombe

Rajiv Gandhi

oui

06.06.00

Alkhan-Yourt (Tchétchénie)

Khava Baraeva

Nièce du chef de guerre Arbi Baraev

Camion piégé

Militaire

oui

09.06.00

Russie

Hawaa Barayev

19 ans

Camion priégé

Militaire

oui

19.12.00

Groznyï

Mareta Doudoueva

17 ans, aurait agi sous les ordres ou la menace du chef de guerre Magomet Tsagaraev

Bombe

Politique

non

21.07.01

Tchétchénie

Sveta Tsagaroeva

Aurait agi pour venger son mari, Mahomet Tsagaraev

Camion piégé

Politique

oui

09.08.01

Jérusalem

Ahlam Tamimi

20 ans, member du Hamas

Ceinture d'explosifs

Civile

oui

29.11.01

Ourous-Martan (Tchétchénie)

Luiza Gazoueva

mari et frère tués au Daghestan

Ceinture d'explosifs

Politique

oui

27.01.02

Jérusalem

Wafa Idriss

Divorcée sans enfant, volontaire au Croissant Rouge

Bombe

Civile

oui

05.02.02

Tchétchénie

Zarema Inarkaeva

15 ans, aurait été enrôlée de force

Camion piégé

Politique

raté

27.02.02

Israel

Dareen Abu Aysheh

21 ans, étudiante, Tanzim

Ceinture d'explosifs

Militaire

oui

21.03.02

Jérusalem

Kahera Sadi
Souna Shhade

26 ans, mariée, 4 enfants, Fatah
27 ans, camps de réfugiés Kalandia

Bombe

Civile

oui

29.03.02

Jérusalem

Ayat Al Akhras

18 ans, camps de réfugiés Deheisha, Tanzim

Bombe

Civile

oui

12.04.02

Jérusalem

Andalev Takatka

21 ans, FPLP

Ceinture d'explosifs

Civile

oui

19.05.02

 

Diva Gayoussi

21 ans, FPLP

 

Civile

oui

22.05.02

Jérusalem

Arin Ahmad

20 ans, étudiante

Ceinture d'explosifs

Civile

oui

23.10.02

Moscou (Théâtre de la Dubrovka )

Aishat et Khadishat Ganieva
Assia

Zoura Bitsieva

Sekilat Alieva
Zareta Bairakova
Marina Bisoultanov
Aset Gichlourkaeva
Madina Dougaeva 24
Raiman Kourbanova
Malijha Moutaeva
Aiman et Kokou Khadjieva
Liana Khouseinova
Fatimat Chakova
Seda Elmourzaeva
Zaira Ioupaeva
Louisa Bakoueva et Esira Vitalieva

27 et 18 ans. Deux de leurs frères tués
28 ans, divorcée, enseignante dans une école de comptabilité
22 ans, divorcée, musulmane pratiquante. Témoin de mort violente
25 ans
25 ans
26 ans
19 ans
29 ans
38 ans
31 ans
28 et 26 ans
23 ans
25 ans
18 ans
24 ans
n/d

Prise d'otages

Civile

oui

27.12.02

Groznyï (Tchétchénie)

Gelani Toumriyev et Alina Toumrieva

La dernière, 14 ans, a été associée à son père

Camion priégé

Politique

oui

05.06.03

Mozdok, Ossétie de Nord

Femme non identifiée

 

Ceinture d'explosifs

Militaire

oui

20.06.03

Groznyï (Tchétchénie)

Femme non identifiée avec un homme

 

Ceinture d'explosifs

Civile

oui

05.07.03

Moscou

Zoulikhan Elikhadjieva
Zaida Alieva

19 ans, étudiante en médecine
jeune fille qui a perdu son père

Ceinture d'explosifs

Civile

oui

10.07.03

Moscou

Zarema Moujikoeva

23 ans, mariée, 1 enfant, mari mort violemment,liens avec un groupe de rebelles, supposément celui de Chamil Basaev.

Bombe dans un sac

Civile

non

27.07.03

Tsatsan –Yourt (Tchétchénie)

Mariam Taskhoukhadjieva

20 ans, soeur du chef de guerre Rouslan Mangeriev tué quelques mois plus tôt

Ceinture d'explosifs

Politique

oui

24.10.03

Haifa (Israël)

Hanadi Jaradat

29 ans, célibataire, son jeune frère et un cousin sont morts, avocate

Ceinture d'explosifs

Civile

oui

09.12.03

Moscou

Khadishat Mangerieva

26 ans, femme de Rouslan Mangeriev, disparu un mois avant l'attentat

Ceinture d'explosifs

Civile

oui

14.01.04

Israël

Reem Salih al Rayasha

22 ans, mariée, 2 enfants

Bombe

Militaire

oui

25.08.04

Tula

Aminat Nagaeva
Satsita Dzherbikhanova

30 ans, frère enlevé, torturé et assasiné
37 ans, originaire du même village qu'Aminat

Bombes dans 2 avions

Civile

oui

31.08.04

Moscou

Roza Nagayeva

Sœur d' Aminat Nagaeva

Bombe dans le métro

Civile

oui

01.09.04

Beslan (Ossétie du Nord)

Commando de 52 personnes dont 1 ou 2 femmes non identifiée(s)

 

Prise d'otage

Civile

oui

22.09.04

Jérusalem

Zeinab Abu Salem

18 ans, camps de réfugiés d'Askar

Bombe

Civile

oui

 

 

 

 

 


DE MÊME QUE DES ADOS


La guérilla en Irak emploie de plus en plus souvent des adolescents pour perpétrer des attentats visant les soldats américains et les forces de sécurité irakiennes, a annoncé l'armée américaine.

Au moins cinq jeunes âgés de 14 à 19 ans ont ainsi été impliqués dans des attaques à la grenade et des attentats suicides  dans le nord du pays, précise le commandement américain dans un communiqué.

Les Américains accusent de longue date Al-Qaïda en Irak et d'autres groupes d'insurgés de recruter des jeunes, garçons et filles, en raison de leur capacité à échapper aux dispositifs de sécurité.

Le communiqué est cependant le premier à faire état d'un «nombre croissant de mineurs menant des attaques contre la sécurité irakienne et les forces américaines».

Les groupes radicaux tentent de tirer profit du fait que «les enfants n'attirent pas l'attention sur eux» et que «les militaires ne veulent pas leur faire de mal», souligne le communiqué, ajoutant que quatre membres présumés d'un cercle de recruteurs d'enfants ont été arrêtés le 14 avril.

 

L’ATTENTAT SUICIDE,
TERRORISME CONTEMPORAIN


L'attentat suicide constitue « un acte opérationnel violent indifférent aux victimes civiles, dont la réussite est largement conditionnée par la mort du ou des terroristes.

Pour comprendre la nouveauté du phénomène, il faut exclure la référence aux Kamikazes japonais, qui se voulaient des combattants s'attaquant à des objectifs militaires. L'originalité du phénomène actuel tient plutôt à l'exacerbation du comportement sacrificiel dans des contextes de plus en plus mythifiés»  
Il faut garder à l'esprit la distinction entre « martyre » et « kamikaze » afin que ces termes soient compris comme tels dans ce qui suit. Le premier, dont le culte est présent notamment chez les musulmans, se purifie par sa mort de tous ses péchés, témoigne de la croyance qu'il professe et subit l'injustice consacrée par sa mort.

Le kamikaze quant à lui ne peut plus supporter une vie qui lui semble dépourvue de sens et sans aucun avenir. Son monde est déserté par le divin, et la violence lui apparaît comme seule solution pour mettre fin au non-sens de la vie et pour venger les siens.
Le premier attentat suicide contemporain fut la destruction de l'ambassade d'Irak à Beyrouth en 1981. Avec l'assassinat du président libanais pro israélien Bashir Gemayel en septembre 1982, cette méthode devint une arme de stratégie politique qui eu bientôt un impact géopolitique avec le « Parti de Dieu » libanais pro-iranien (Hezbollah) et l'attentat d'octobre 1983 qui força les États-Unis et la France à abandonner la force multinationale qui maintenait l'ordre au Liban.

Elle apparait également au Sri Lanka en 1987 avec les Tigres de Libération D'Eelam Tamoul. En Israël et en Palestine, le terrorisme suicide commença en 1992, et devint vers la fin de 1993 partie intégrante d'une campagne systématique avec les attaques de membres du Mouvement de la Résistance Islamique (Hamas) et du Jihad Palestinien Islamique (JPI) entraînés par le Hezbollah, ayant pour but de faire dérailler les accords de paix d'Oslo.
S'ensuivit de la Turquie en 1995 avec le Parti des Travailleurs Kurdes (PKK), puis de la Tchétchénie en 2000, de la Russie en 2002 et enfin de l'Irak en 2003.
     
Les attaques suicides se sont mondialisées et visent des cibles de plus en plus disparates. La multiplication de ce type d'attentat s'explique peut-être par l'échec des autres formes de terrorisme.
En effet, selon une étude de la Rand Corporation (An alternative strategy for the war on terrorism) du 11 décembre 2002, l'attaque suicide entraîne quatre fois plus de victimes que les attaques terroristes classiques et permet de frapper directement dans les endroits les plus sensibles du territoire de l'adversaire. L'attentat suicide est progressivement devenu une technique vulgarisée du terrorisme contemporain.
Parce qu'il est un moyen efficace et bon marché, c'est actuellement l'action terroriste la plus répandue.
    
 C'est également une forme de terrorisme difficile à combattre, tant dans les sociétés démocratiques que dans les pays où sévissent des conflits de longe durée et pour lesquels le dispositif sécuritaire devrait être plus présent.
Ce type d'attentat est difficilement détectable tant qu'il n'a pas été réalisé. En effet, quoi de plus facile que d'entrer dans un centre commercial faisant mine de magasiner et soudainement déclencher l'amorce d'une bombe soigneusement dissimulée dans un sac ou sous un manteau.
Prévenir ce type d'attaque demande un déploiement de moyens techniques et humains important dont les pays les plus touchés ne disposent pas.

L'évolution ne s'arrête pas là. En effet, actuellement nous assistons à un élargissement du champ concernant les auteurs de ce type d'attentat. Cette forme de terrorisme a finalement ouvert la porte à des femmes combattantes qui sont de plus en plus impliquées dans ce qui était par le passé une affaire majoritairement masculine. Il semble même qu'elles aient trouvé dans ce type d'action leur terrain de prédilection pour participer activement à la lutte terroriste.


 

« FEMMES FATALES »

Aux questions à savoir qui sont ces femmes kamikazes et pourquoi sont-elles souventes fois employées plutôt que des hommes, empruntons à Canoe.com, la recherche d’Antoine Char, publiée sous le titre : Femmes fatales.

Sous sa abaya, longue robe ample et noire, la kamikaze a actionné sa ceinture d’explosifs et tué au moins 35 pèlerins chiites à Bagdad. C’était il y a huit jours. Les attentats-suicides au féminin se multiplient en Irak. Ils sont souvent plus mortels que ceux des djihadistes masculins.

Qui sont ces mujahidaat? Certaines, comme Um Mustafa, 41 ans, décident de devenir des bombes humaines pour venger la mort d’un époux ou d’un enfant. D’autres, à l’instar de Shamis Muhammad (pseudonyme), 19 ans, veulent bouter les Américains hors d’Irak.

Islam Online trace régulièrement leur portrait sur son site, l’un des plus visités du monde musulman. Certaines choisissent de mourir pour échapper à la misère et laisser un peu d’argent à leur famille. D’autres, pour sauver leur honneur après avoir été violées. Peu importe les raisons, elles sont des proies faciles pour Al-Qaïda.

La nébuleuse d’Ossama ben Laden, en perte de vitesse en Irak, ne fait aucune discrimination. Elle recrute même des Irakiennes victimes de troubles mentaux comme Rania Ibrahim, 15 ans. En août dernier, elle avait été repérée dans un marché avec vingt kilos de dynamite autour de la taille.

Al Qaïda promet à chacune de ces «femmes fatales» de devenir «une beauté du paradis», un peu comme la promesse faite aux hommes d’être accueillis par des vierges dans l’au-delà.

Au total, depuis 2003, une cinquantaine de femmes ont choisi de mourir pour tuer, dont plus d’une vingtaine l’an dernier. Elles représentent près de 10 % de tous les attentats-suicides irakiens qui auraient fait plus de 10 000 morts.

Dans un pays où la violence est en chute libre depuis 2007, le terrorisme au féminin est condamné par de nombreux exégètes musulmans qui ne reconnaissent d’ailleurs pas aux femmes kamikazes le statut de martyr.

Rarement fouillées, passant inaperçues un peu partout, ces kamikazes (la première dans le monde arabe est apparue au Liban en 1985) sont actuellement les meilleures armes d’Al-Qaïda, en panne de recrutement. 

Pour mieux les détecter, les Américains viennent de former un corps spécial composé d’un demi-millier d’Irakiennes. Mais les Filles de l’Irak ne sont pas armées et ne peuvent fouiller n’importe où les femmes portant l’abaya. Les kamikazes féminins ont le vent dans les voiles en Irak.

Pourquoi elles se font exploser
VENGEANCE
IGNORENCE
MISÈRE

Les femmes kamikazes, qui ont multiplié les attaques en Irak ces derniers mois, sont poussées par le désespoir, animées par un désir de vengeance ou victimes de leur extrême misère, ont expliqué des sources militaires irakiennes et américaines.



Vengeance
"Une des raisons pour ces femmes de mourir est le désir de vengeance", a expliqué le capitaine Kevin Ryan, commandant d'une base américaine dans Baqouba.

"Souvent, elles ont perdu des parents, des frères ou des enfants dans les combats", poursuit-il. Le désir de revanche est un facteur déterminant, que les émules d'Oussama ben Laden savent exploiter, confirme le colonel Ali Al-Karkhi, de l'armée irakienne, chargé de la sécurité dans le secteur de Khan Bani Saad, à 30 km au sud de Baqouba.

"Certaines veulent se venger parce que leurs familles ont disparu", commente-t-il et "il est alors facile de les faire viser ceux qu'elles considèrent comme responsables". "L'an dernier, dans le district de Magdadiya, une femme dont les cinq fils avaient été tués par la police irakienne s'est fait sauter près d'un groupe de recrues qui venaient s'engager. Elle a tué 30 civils et 15 policiers", raconte le colonel irakien.

Ignorance
Les femmes sans éducation, voire même mentalement déficientes, sont également une proie facile pour les extrémistes. "Al-Qaïda recherche ce type de profil, puis les entraîne, les endoctrine", assure le capitaine Ryan. "Ils les gardent enfermées, et leur répètent pendant des jours que si elles se font exploser, elles iront au paradis", renchérit le colonel Karkhi.

Misère
Certaines kamikazes réduites à la misère choisissent de mourir pour de l'argent qu'elles laissent à leur famille, ajoutent les deux officiers Les forces de sécurité irakiennes, police, armée ou comités Al Sahwa, sont leurs cibles favorites.

Abou Zarra, chef d'un comité Al-Sahwa dans l'ouest de Baqouba, se souvient qu'une femme portant l'abaya, un tissu noir qui recouvre tout le corps, est venue le voir il y a quelques mois. "Elle avait 17 ou 18 ans, elle demandait de l'aide. Elle avait besoin de voir Abou Zarra, disait-elle.

lle me parlait sans savoir qui j'étais", raconte-t-il. Mais le chef tribal, qui doit se rendre à un mariage, confie à l'un de ses gardes le soin d'écouter la jeune femme. Cette décision lui a sauvé la vie. "Elle a ouvert sa robe et s'est fait exploser", se rappelle Abou Zarra. "On a eu trois morts et deux blessés. Un de mes gars a brûlé vif".

Inquiets pour leur sécurité, les soldats américains patrouillant dans les rues en sont venus à contourner les femmes vêtues d'abayas. "A chaque fois qu'on en voit une, on se demande si elle va exploser", lâche un soldat. Pour les deux officiers, la mouvance extrémiste a été privée de ses moyens militaires et compense sa faiblesse par des actions spectaculaires.

 

ELLE LES RECRUTAIT
ET LES AMENAIT
VERS LA MORT




Samira Ahmed Djassim, 51 ans, plus connue sous le nom d’Um al-Mumenin, qui signifie «la mère des croyants», serait l’instigatrice et l’organisatrice de nombreux attentats-suicides commis par des femmes en Irak. Cette mère de six enfants aurait recruté puis supervisé l’entraînement de plus de 80 femmes, dont 28 sont passées à l’acte. Arrêtée le 21 janvier  par les forces de sécurité irakiennes, elle est actuellement détenue dans une prison de Bagdad.

Dans des aveux filmés et diffusés sur la Toile par la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira, Samira Djassim, originaire de Diyala, fief de la résistance sunnite et considéré comme l’une des régions les plus dangereuses d’Irak, explique comment elle a réussi à persuader ces femmes de se transformer en bombes humaines.

Recruteuse zélée
Vêtue de la traditionnelle abaya noire, «la mère des croyants» raconte très calmement que tout a commencé avec la rencontre, à Diyala, d’un membre de l’organisation Ansar al Sunna, un groupe islamiste sunnite, lié au réseau Al-Qaida. Après qu'elle leur a rendu quelques services – aller notamment chercher des détonateurs et des explosifs à Bagdad – l’organisation lui aurait proposé de recruter des candidates au martyre. Mission que Samira semble avoir effectuée avec zèle.

Aux yeux des groupes terroristes, les femmes présentent un double avantage pour accomplir ce type d’attaque: elles éveillent moins de soupçons que leurs homologues masculins et passent facilement les contrôles de sécurité puisqu’elles ne peuvent pas être fouillées par un homme.

Sa première recrue, raconte Samira, était sa voisine, une jeune institutrice. «Amal vivait à côté de chez moi. Nous avons discuté pendant deux semaines. Elle était battue par son mari et ses frères. Elle était déprimée, mentalement épuisée. Je l’ai persuadée et je l’ai amenée au camp d’entraînement.» Amal s’est fait exploser peu de temps après, dans une localité du nord de Bagdad. Samira précise encore avoir accompagné la jeune femme jusqu’à sa cible. D’autres ont suivi. «La mère des croyants» aurait ainsi convaincu plus de 80 femmes. Elle revendique par ailleurs avoir personnellement organisé 28 opérations kamikazes dans sa région.

Dans un entretien réalisé en prison par Associated Press, la mère de famille a également avoué avoir eu recours à l’organisation de viols pour recruter davantage. En Irak, comme dans d’autres pays musulmans, une femme violée est une femme condamnée. Les victimes, désemparées, venaient donc la voir pour lui demander de l’aide. En guise de conseil, Samira leur expliquait que la seule façon de retrouver leur honneur était de commettre un attentat suicide.

 

 

RANIA, 15 ANS,
AURAIT VOLÉ
EN  ÉCLATS…

Rania Ibrahim devait semer la mort et la terreur  sur le marché de Bakouba, une ville située 50 km au nord de Bagdad.

Cette adolescente irakienne de 15 ans, au visage joufflu et aux cheveux bouclés, n'avait qu'à actionner le détonateur de la bombe qu'elle portait sous son abaya, sa longue robe noire.

Mais au moment de devenir une kamikaze au milieu de la foule qui se pressait au milieu des étals des marchands, elle n'a pas pu. Ou plutôt elle n'a pas voulu.

En fait, une fusillade, sur sa route, a sorti Rania de sa torpeur, l’a ramenée à sa réalité…

La suite de l'histoire a fait ensuite le tour du monde.

Rania a été repérée par les hommes de la milice d'Al-Sahwa à un check-point. Ses gestes confus et son regard paniqué l'ont trahie. Les miliciens sunnites payés par l'armée américaine n'ont eu aucun mal à trouver sa ceinture d'explosifs sous sa longue robe noire. Les vingt kilos de TNT que la jeune femme transportait devaient provoquer un bain de sang auquel l'Irak est « habitué » depuis l'intervention américaine en 2003.

L'enfant aurait été la trente-et-unième femme bombe humaine d'Irak de l'année

Pour la première fois, le terrorisme irakien a trouvé un visage. Celui de Rania qui croupit depuis dans une prison de Bagdad. Mais qui est cette femme-enfant qui aurait dû être la trente-et-unième femme bombe humaine d'Irak cette année ?

 


Pourquoi a-t-elle finalement refusé d'accomplir sa mission jusqu'au bout ? Etait-elle une terroriste isolée ? Ou faut-il y voir la patte d'Al-Qaïda, qui contrôle la région de Bakouba, devenue l'une des plus dangereuses du pays ?

En Irak, les avis sont partagés. Pour beaucoup, Rania est une criminelle. Et elle mérite la mort. « En fait, elle n'a pas eu le courage d'aller jusqu'au bout. C'est tout », tranche Moundir, journaliste à Bagdad :
« Quand on porte une ceinture d'explosifs, c'est qu'on y croit. C'est pour semer la terreur. En outre, elle n'a pas hésité à marcher de chez elle à la place du marché. Et s'il n'y avait pas eu une fusillade entre les hommes d'Al-Sahwa et des insurgés, ce qui l’a comme ramenée à sa réalité,  elle se serait fait exploser. C'est une folle. »

Faux, rétorque Bessaed Selmane, la mère de Rania, en pleurs à l'autre bout du fil : « Ma fille est innocente. Elle n'a pas compris ce qui lui arrivait. » La sexagénaire a la voix amère de colère des mamans en détresse :
« Elle a eu peur pour elle et les autres. C'est pour cela qu'elle a fait marche arrière et qu'elle est revenue vers moi pour que je la débarrasse de la bombe. »

C'est d'ailleurs ce que Rania a raconté aux miliciens d'Al-Sahwa au moment de son arrestation. « Je ne veux faire de mal à personne », leur a-t-elle répété inlassablement :
« Moi, je veux devenir docteur ou enseignante. Pas kamikaze. Ceux qui m'ont fait porter le gilet ne m'ont jamais dit que cela allait faire du mal. Je veux voir ma mère. »

Son mari l'a endoctrinée pour faire d'elle « une beauté du paradis »

Rania, une victime ? La justice irakienne tranchera. Mais avant, elle aimerait bien mettre la main sur Hamid, le mari de l'apprentie kamikaze. Ce chômeur d'une vingtaine d'années a disparu depuis l'attentat manqué. Et selon la maman de Rania, dont la voix déraille régulièrement, c'est lui le cerveau du massacre manqué de Bakouba :
« C'est lui la source de nos malheurs. Il a obligé ma fille à devenir kamikaze. Il l'a endoctrinée pour la transformer petit à petit en terroriste. »

Un processus qui a débuté dès le mariage il y a neuf mois, raconte Alaa Al-Djabouri, un des seuls journalistes irakiens autorisés à rencontrer régulièrement Rania :

« Son mari l'a guidée pas à pas sur le chemin de la mort. Avec une idée : faire d'elle une bombe humaine. Chaque soir, il lui disait qu'il l'aimait beaucoup. Mais qu'il l'aimerait encore plus au paradis.
Il lui achetait des cadeaux et il lui parlait du jour du jugement dernier. Il racontait les opérations des martyrs. De ceux qui sont récompensés par Dieu pour avoir offert leur âme pour la cause de l'islam. »

Mieux, le martyr est accueilli dans des jardins verdoyants et par le chant d'oiseaux aux mille couleurs. Toutes ses envies sont comblées. « Rania a cru son époux sur parole », poursuit Alaa Al-Djabouri :

« Elle est un peu simple d'esprit. Et il en a profité pour lui faire gober qu'elle deviendrait une “hour al ain”, une beauté du paradis. Surtout, il insistait pour qu'une fois au ciel, elle le choisisse comme partenaire pour faire l'amour éternel et pour boire les eaux de la rivière de miel et les élixirs de toutes sortes. »

Rania était mûre pour le sacrifice. Les choses sont allées très vite. En ce dimanche de canicule, l'adolescente est prise en charge par Fatima Weedad, une cousine de son mari. C'est elle qui la ceint avec les vingt kilos d'explosif. Continuellement, elle la rassure. « Rien ne t'arrivera », répète-t-elle avant de lui offrir un jus. « De la drogue », insiste Bessaed Selmane :
« Ma fille était dans un état second. Elle n'était pas elle-même quand la cousine de son mari l'a accompagnée au marché, devant l'école où Rania devait se faire exploser. »


Elle verrait des fleurs au moment de déclencher le détonateur…

Avant de la quitter au milieu de la rue, Fatima raconte à la jeune kamikaze qu'elle verra des fleurs au moment de déclencher le détonateur de sa bombe. Rania est seule désormais. Et sans la fusillade qui l'a effrayée, elle aurait volé en éclats.

« Je regrette d'avoir donné ma fille à cet homme », pleure aujourd'hui Bessaed Selmane, accusant le mari indigne a gagné de l'argent avec la peau de Rania :
« Il en a profité dès le début. Lui qui a été logisticien pour Al-Qaïda l'a vendue aux terroristes. C'est terrible. Avec ces dollars, il pourra se payer une nouvelle femme, une nouvelle recrue pour la guerre sainte ? C'est ça, croire en Dieu ? C'est ça ce que dit le Coran ? Ma fille a demandé le divorce. Elle ne veut plus rien avoir en commun avec ce monstre. »


Sur la photo, Nadia interrogée par la milice irakienne.

 

 

TRADITIONS
ET MYTHES
 DE NOËL

D’où vient…

La naissance du Christ ?
Il n'y a aucune certitude  quant au jour exact de la naissance de Jésus.
La date du 25 décembre n’a été arrêtée qu’en 354, par le Pape Libère.

À cette époque, l’Église chrétienne instaure un calendrier des fêtes afin de supplanter les rites romains (Saturnales), germaniques (Culte des morts) et celtes (Solstices d’hiver).

Le christianisme voyant Jésus comme la « lumière du monde », son association au solstice d’hiver, à la résurrection du soleil, apparaît parfaitement naturelle.

Noël est donc à la fois synonyme de lumière et de naissance du Christ.

Il subsiste d’ailleurs un débat sur l’étymologie même de ce mot. Provient-il du celte ?
Par la contraction de nolo= no (nouveau) et de hel=ël (soleil) pour Noël ou du latin natalis (la natalité) ?

Le sapin de Noël des Celtes ?
Considéré par les Celtes comme le jour de la naissance du soleil, le 24 décembre était associé à l’épicéa, symbole de l’enfantement.

Cette tradition païenne s’est rapidement reproduite dans le monde chrétien : au Xe siècle, les fidèles représentaient, lors de leurs Mystères, l’arbre du paradis par un sapin garni de pommes rouges.

La crèche de Noël ?
L’invention de la crèche de Noël est traditionnellement attribuée à Saint François d’Assise (1181-1226).
Ce dernier aurait créé la première crèche en 1223, dans son église de Grecchio et aurait fait tenir les rôles des personnages de la Nativité (l’Enfant Jésus, Joseph, la Vierge Marie, les Rois Mages, les bergers, les paysans) par des habitants du village.

Petit à petit, la coutume se serait répandue et on aurait progressivement remplacé les personnes vivantes par des figurines en cire, en terre cuite, en porcelaine ou encore en plâtre.

Les premières crèches proches de celles que nous connaissons ne sont apparues qu’aux alentours du XV1e siècle, dans les églises.
Les Jésuites seraient à l’origine des premières crèches en format réduit.

(Ce dossier a été publié dans le magazine Carrefour Floride de décembre 2008, sous la signature de son éditeur, Michel Séguin)

 

 

FÉLIX DE VAUDREUIL

- par Pierre LUC

À travers le Québec, on commémore le vingtième anniversaire du décès de Félix Leclerc, décédé le 8 août 1988 :  à  l’Île d’Orléans tout particulièrement, où le poète et troubadour a vécu pendant une vingtaine d’années, mais aussi dans l’Anse de Vaudreuil, endroit d’une période très créative de sa carrière.

 

 

INTRODUCTION

À la radio
Une enfance à La Tuque, des études classiques à l`Université d`Ottawa, interrompues à cause de la Grande Dépression, précèdent divers emplois de manœuvre en Mauricie.

Entre 1934 et 1950, Félix s’éparpille dans différents domaines de création culturelle.
Il est tout d’abord annonceur radiophonique à CHRC (Québec). Initié à la guitare par Victor Angelillo, il compose en `34 sa première chanson : « Notre sentier « 
En `37, le voilà à CHLN de Trois-Rivières, où il écrit ses premiers textes radiophoniques. Avec l’écrivain Yves Thériault, il y chante sous le pseudonyme d’Illya dans l’émission « Illya et Gomez ».

Deux ans plus tard, Félix entre au service de Radio-Canada à Montréal et se lie d’amitié avec le jeune réalisateur Guy Maufette. Celui-ci lui fait interpréter « Notre sentier » dans le radioroman « Le restaurant d’en face ».

Au cours des années qui viennent, Félix participe également aux feuilletons radiophonique « Un homme et son péché » de Claude-Henri Grignon et « Vie de famille » de Henri Deyglun.
(Puis il commence à lire en ondes de ses contes de la nature, « Adagio » (1943), « Allegro et Andante » (1944).

À l’écriture
Durant cette période, Félix Leclerc complète le roman « Le fou de l’île » (écrit en  large partie dans l’Île d’Orléans), texte qui ne sera publié qu’en 1958, en France.

Alors que toujours à la radio de la SRC, animant « L’encan des rêves », « Théâtre dans ma guitare » et « La ruelle des songes », Félix Leclerc voit son récit autobiographique « Pieds nus dans l’aube » publié.

Nous sommes en 1946, année de l’arrivée de Félix Leclerc à Vaudreuil.

**************************************************************************************
NOTRE SENTIER

Notre sentier près du ruisseau est déchiré par les labours ;
Si tu venais, dis-moi le jour, je t'attendrai sous le bouleau ;
Les nids sont vides et décousus ;
Le vent du nord chasse les feuilles ;
Les alouettes ne volent plus, ne dansent plus les écureuils ;
Même les pas de tes sabots sont agrandis en flaques d'eau ;

Notre sentier près du ruisseau est déchiré par les labours ;
Si tu venais, fixe le jour, je t'attendrai sous le bouleau ;
J'ai réparé un nid d'oiseau, je l'ai cousu de feuilles mortes ;
Mais si tu vois sur tous les clos, les rendez-vous de noirs corbeaux ;
Vas-tu jeter en flaques d'eau, tes souvenirs et tes sabots?;

Tu peux pleurer près du ruisseau, tu peux briser tout mon amour ;
Oublie l'été, oublie le jour, oublie mon nom et le bouleau

**************************************************************************************

L’ARRIVÉE À VAUDREUIL
Après les études, les passages à la radio, les premières poésies et récits,
les premières chansons, nous voici en ce lieu où Félix Leclerc a vécu plus de vingt ans, là aussi, soit à Vaudreuil.

À ce moment-là, il se produit avec les Compagnons de Saint-Laurent, par intermittence, depuis 1942 déjà. À Boston, il a joué dans deux pièces de Molière.

En 1946, Félix et son épouse Dedouche et son fils Martin, arrivent à Vaudreuil. Face au lac des Deux-Montagnes, il trouve une maison à louer. Toutefois, ce n’est que dix ans plus tard qu’il achètera la fermette située au 186, chemin de l’Anse.

La création
Dans ces lieux, pour  le poète, troubadour et écrivain s’élabore une période très créative.
Il écrit des sketches et des séries radiophoniques, des pièces de théâtre : « Maluron » créée au théâtre du Gesù (1947), « Le petit bonheur » présentée par la troupe VLM –pour Yves Viens, Félix Leclerc, Guy Maufette- (1948) le 23 octobre (1948) L’année suivante, il publie « Dialogues d’hommes et de bêtes »

Cependant, pouvant difficilement vivre de la radio et de son écriture, Félix se produit également comme troubadour (on dira plus tard, et peut-être pas avec exactitude « chansonnier »). Il se crée un jeune public.

Carrière internationale
En juin 1950, Jacques Normand fait entendre à l’impresario français Jacques Canetti, un enregistrement « maison » de « Le train du nord » du jeune auteur québécois.

Dans le temps de le dire, Canetti lui fait enregistrer une douzaine de chansons dans les studios de CKVL, tout en lui offrant un contrat de cinq ans avec la maison Polydor.
Six mois plus tard, avec ses bottes, sa veste à carreaux et sa guitare, Félix Leclerc, dit le Canadien, remporte le soir du 22 décembre 1952 triomphe à l’ABC de Paris. Il s’y produisait en première partie de Les Compagnons de la Chanson.

Félix devait demeurer trois semaines dans la Ville Lumière, il chantera pendant 14 mois au cabaret de Canetti, Les Trois Baudets.
S’ensuivent des tournées en France, ailleurs en Europe et au Proche-Orient.
Son premier album contient des titres tels : « Le train du Nord », «Bozo », « Contumace », « L’hymne au printemps » et, « Moi mes souliers » qui remporte un grand prix de L’Académie Charles-Gros en 1951.

Ses premiers admirateurs ont noms : Jacques Brel et Georges Brassens, à leurs débuts.

LE RETOUR AU QUÉBEC
« Au Québec, c’est la stupeur », lit-on dans le site internet La chanson du Québec : « Le paysan dont on se moquait gentiment hier a conquis le monde sans rien changer à son allure, à ses textes ou à sa langue. D’un coup, la chanson française vient de gagner ses lettres de noblesse. »

Les années cinquante s’avèrent fastes, entre l’Europe et l’Anse de Vaudreuil pour Félix Leclerc :
-  les pièces Théâtre de village (1951), Le hamac dans les voiles (1952), Moi mes souliers (1955), Sonnez les matines (1956), Le Fou de l’île (1958)
-  spectacles au Continental, boite animée par Jacques Normand
-  Le petit bonheur joué à Lausanne
-  Le Rideau Vert crée Sonnez les matines (1956)
-  En 1957, un deuxième album lui vaudra à nouveau un grand prix de l’Académie Charles-Cros (Attends-moi ti-gars, Abraham, Prière bohémienne…)
-  Une tournée de huit mois en Europe précède un 3e album (Tirelou, L’Héritage, Tour de L’Île…)

 

Les années soixante
Félix Leclerc habite encore Vaudreuil à l’époque, début des années soixante, où il commence à se produire dans les boites à chansons comme la Butte à Mathieu. Où, entre parenthèses, j’ai le plaisir de l’introduire sur scène.


Durant cette décennie, entre autres événements…
-  Sa pièce L’Auberge des morts subites est jouée 153 fois au Gesù et au Québec
-  Un autre album voit le jour à Paris (Notre sentier, Ton visage de Jean-Pierre Ferland, MacPherson...)
-  Et puis un autre en 1964 (Premier amour, La valse à Joseph…)
-  On présente Le Roi viendra demain au téléthéâtre de Radio-Canada.
-  Succès mitigé de la pièce Le petit bonheur à Paris
-  La presse québécoise tiédit des propos au sujet de Félix et les choses s’enveniment après l’échec de Les Temples à la Comédie Canadienne (1966).
-  Fâché, Félix s’exile en Suisse.
-  Suite à une tournée française et un triomphe à Bobino, la poussière retombe et Félix revient donnent un spectacle à la PDA ainsi qu’au Festival d’été de Québec.

En 1970, à l’âge de 56 ans, Félix Leclerc se réinstalle au Québec. Il quitte définitivement sa demeure de Vaudreuil et bâtit lui-même sa maison dans l’Île d’Orléans. Il y demeurera jusqu’à la fin de ses jours.

L’ALOUETTE EN COLÈRE
S’étant jusque là tenu à l’écart du débat politique québécois, Félix Leclerc deviendra l’un des plus farouches partisans de l’indépendance du Québec.
En 1970, le géant se fâche. Il est indigné par les événements d’octobre `70, lors de l’imposition des mesures de guerre par le gouvernement fédéral.


Il publie en 1972 l’album L’Alouette en colère qui comprend aussi Les 100 000 façons de tuer un homme.
L’année suivante, Félix reçoit un troisième prix de l’Académie Charles-Gros.
Puis après une nième tournée en Europe, c’est « J’ai vu le loup, le renard et le lion », dans le cadre de la Superfrancofête, en compagnie de Charlebois et Vigneault.

En 1975, j’ai l’honneur de lui lire l’hommage de la Société St-Jean-Baptiste, alors que nous lui attribuons le prix de la musique Calixa-Lavallée.
De cette décennie jusqu’à la mi-temps des années ’80, Félix demeure très actif. Voyons…

Dompierre, Ferland, Léveillée
Pour les besoins de son album Le Tour de l’Île, Félix enregistre La Complainte du phoque en Alaska de Beau Dommage et Sors-moi donc, Albert.
Sa collaboration s’étendra à d’autres créateurs :
-  Avec François Dompierre, création de Le Tour de l’Île et d’un coffret de trois disques intitulé Chansons dans la mémoire longtemps.
-  Sur des musiques d’ambiance de Claude Léveillée, il enregistre La Légende du petit ours gris et Le Journal d’un chien, son tout dernier enregistrement.
-  À l’instigation de Ferland, il écrit et participe à Rêves à vendre diffusé en janvier 1985.

Et aussi, en vrac
-  En 1975, tournée de 42 représentations en France et enregistrement de Merci la France au Théâtre Montparnasse…
-  Spectacle avec Léveillée au Théâtre de l’Île d’Orléans…
-  En 1976, suite à l’élection du Parti Québécois, il écrit L’An un et La Nuit du 15 novembre…
-  Il reçoit le prix Denise-Pelletier pour son ensemble de son œuvre théâtrale,
-  En 1978, Félix Leclerc enregistre l’album Mon Fils, qui deviendra son testament musical.

-  De 1980 à 1984, il vit en retrait. Ce qui ne le retiendra pas de publier des maximes, de recevoir des hommages, alors que nous le revoyons dans En Cerf-volant, le Québec.
-  En 1988, année de son décès, Félix Leclerc projette de mettre sur pied une fondation qui viendrait en aide aux jeunes débutants, projet repris par sa fille Nathalie.

Rappelons que Félix Leclerc s’est éteint dans son sommeil le 8 août 1988, à l’Île d’Orléans, où on a dispersé ces cendres.

 **************************************************************
« Mon fils est en prison
Et moi je sens en moi
Dans le tréfonds de moi
Pour la première fois
Malgré moi, malgré moi
Entre la chair et l’os
S’installer la colère »

-extrait de L’Alouette en colère

 **************************************************************

LA MAISON AUX VOLETS BLEUS
Alors que s’achève notre récit, nous voici revenus dans l’Anse de Vaudreuil, à la maison, que d’aucuns veulent transformer en centre d’interprétation. Mais tout le monde n’est pas d’accord…

Les gens de la Société de sauvegarde de la mémoire de Félix-Leclerc, à Vaudreuil-Dorion, nous le rappellent :
« Félix Leclerc a vécu plus de vingt ans à Vaudreuil. (…) C’est face au lac des Deux-Montagnes qu’il trouve une maison à louer. En 1956, il s’y enracine encore davantage en achetant une fermette au 186, chemin de l’Anse. »

La maison aux volets bleus est entourée de bâtiments de ferme, dont une grande qu’il baptisera L’Auberge des morts subites. Il s’agit d’une demeure plus que centenaire.

Cette maison est un refuge, un havre de paix, un port d’attache, Félix installe à l’étage son lieu de travail. De nombreuses affiches ornent les murs. Un rituel l’amène tous les matins dans cette pièce et, à sa table de travail, il poursuit son œuvre.

Lieu de rencontre
La maison, nous renseigne encore, le site internet de la Société de sauvegarde, devient vite un lieu de rencontres.
Avec ses voisins, Louise et Yves Vien, Guy Maufette, Thérèse Cadorette, Janine Sutto et son mari Henri Deyglun, il cultive des amitiés.

Lieu de passage, la maison accueille aussi de grands artistes français : Michel Legrand, Jacques Brel, Raymond Devos, Catherine Sauvage…
D’autres, de la communauté québécoise viennent saluer ce Félix qui les inspire : Claude Gauthier, Paolo Noël, André Lejeune…
Sans compter les comédiens venus répéter dans la grande aménagée en salle de répétition. 

Site du patrimoine
Cette maison rappelant la vie de Félix Leclerc au sein de la communauté vaudreuilloise, la ville la déclara Site du patrimoine en 2005 dans le cadre de la Loi sur les Biens culturels.
Petit retour en arrière, après la mort de Félix, qui à ce qu’il semble, en était toujours le propriétaire, la fermette a appartenu à différents propriétaires jusqu’en 2006, puis vendue à la Société de sauvegarde.
Celle-ci espère restaurer la maison et ses dépendances et en faire un centre d’interprétation. Au coût de un million dollars recueillis auprès des gouvernements et du public. 

Restaurations et aménagements
Selon un plan d’ensemble, lors de la première phase, au procédera de la sorte :
-  La partie avant de la maison sera conservée mais entièrement rénovée, les morceaux originaux vendus à 100$ pièce.

- Le salon et la chambre de Félix à l’étage deviendront un centre d’interprétation sur le chanteur.

-  La partie arrière sera démolie et entièrement reconstruite. Elle comprendra une salle de conférence au rez-de-chaussée et des salles pour organismes culturels à l’étage.

-  La grange, qui a croulé sous le poids de la neige sera rasée et reconstruite plus tard.

-  Sur le pourtour du terrain, un sentier nommé Le petit bonheur côtoiera le stationnement de huit places à l’arrière et un ponceau refait pour soutenir les véhicules.

-  Dans la deuxième phase, le stationnement sera agrandi pour recevoir 30 véhicules, le sentier pédestre allongé et menant vers les terres agricoles devenues terres culturelles, la grande reconstruite.

- De plus, on planifie :
 D’y organiser des activités muséales, des expositions, visites guidées, l’établissement d’une galerie d’art, un service de restauration avec permis d’alcool, un parc de détente, une place pour concerts et pièces, des ateliers de création et même un gite touristique.

Voisins inquiets
Ce plan d’ensemble, dans un univers tout de même limité, semble ambitieux, pour ne pas dire démesuré à certains.


Surtout chez les voisins rapprochés qui craignent l’achalandage. Ils se demandent jusqu’à quel point leur tranquillité sera perturbée.
Pour mettre un frein, ou tout au moins pour restreindre les ardeurs, les habitants des alentours ont présenté une pétition de 200 noms à l’Hôtel de Ville.
Si bien qu’on se poser la question à savoir : que deviendra la maison de Félix.

Nos photos : le devant, le côté et l’arrière de la maison ; les dépendances, le sentier menant vers la grange.
Que de souvenirs !

 

SOUVENIRS IMPÉRISSABLES
Ma première rencontre avec le troubadour et poète a eu lieu dans l’Anse de Vaudreuil, face au lac Des Deux-Montagnes.

Tout début des années soixante, je furète dans les alentours du 2, rue de Coustou, à Pigalle. Tout près du Boulevard Clichy et tout en bas de la côte menant à Montmartre par la rue Lepic, il y a là le cabaret-théâtre Les Trois Baudets.
Le visionnaire Jacques Canetti y a permis les premières rencontres avec le public pour Brel, Brassens, Vien, Gréco, Leclerc…

Première rencontre
Juste à côté, à cette époque, habite la chanteuse québécoise Moustique. Et aussi la conjointe de Raymond Lévesque et son tout jeune fils Pascal. De même que la comédienne et chanteuse Tiny Young pour laquelle j’éprouve le coup de foudre. Elle me présente Cocteau, quelques autres. Peut-être qu’un jour je vous radoterai ça…

J’y entends parler beaucoup de Félix Leclerc. Davantage que pendant mes trois premières années en journalisme.
Aussi, dès mon retour au « Canada », je sollicite une entrevue avec l’auteur de Moi mes souliers.

Faveur obtenue, je m’y présente, tout pincé et tout snobinard style parisien manqué, pantalons serrés aux fesses, veste en cuir de mode et Gauloises sur le bout des doigts. Ouch !
Affable, Félix me reçoit dans son bureau de cette fermette du 186, chemin de L’Anse, à Vaudreuil (PHOTO).
Impossible d’oublier cette rencontre face à un personnage respectueux, fier, fort, humble et confiant à la fois.

Généreux sur scène
Il se passera une année avant que je rencontre Félix à nouveau. Ce sera, à compter de 1962, à la boite à chansons La Butte à Mathieu de Val David. J’y introduisais les artistes auprès du public. Certains avaient leurs exigences, pas Félix.
Il s’installait avec sa chaise et puis ça partait pour un long voyage. Ce n’était pas donné d’engager Félix Leclerc, surtout quand, plus tard, il aura déménagé à l’Île d’Orléans. Mais il en servait aux spectateurs pour leur argent.
Il était l’heure d’aller au lit –d’aller à la bière, plutôt- mais lui, continuait. Tant qu’on lui en redemandait.

Prix Calixa-Lavallée
Le métier a bien voulu qu’une deuxième fois Félix me fasse l’honneur d’une interview. À l’Île d’Orléans cette fois.
Toutefois l’affabilité de Félix me sera révélée dans l’un des plus beaux moments de ma carrière de plus de cinquante ans : en 1975, au Patriote de Montréal.

Alors directeur des pages de spectacles au Journal de Montréal, la Société St-Jean-Baptiste m’avait invité sur le jury devant décerner son premier Prix Calixa-Lavallée à un artiste de la chanson et/ou de la musique.
Nous avions choisi Félix Leclerc.
Et ce soir-là, au Patriote, je devais lire l’adresse à Félix (PHOTO).

En coulisses, je n’arrivais pas à calmer mon trac. M’ouvrant de cela à Félix, il me répondit :
« Mais ce n’est pas vous qui devriez être nerveux, plutôt moi… »  Paroles magiques, ancrées à jamais parmi mes souvenirs les plus vivaces.
Le reste de la célébration ne fut qu’un pur délire.

Et puis le temps a passé…
Jusqu’à aujourd’hui, en ce temps  du 20e anniversaire du décès de Félix Leclerc. Alors que je me retrouve  à la fermette de Vaudreuil.

Pour  le doux plaisir d’une photo.
Pour le souvenir. Impérissable.

Sources :

www.felixdevaudreuil.ca

www.lachansonduquebec.com

www.mef.qc.ca

Archives personnelles de Pierre Luc

 

Contes et conteurs

 

 

 

LÀ OÙ
LA PAROLE FLEURIT
Soudainement, le Québec s’est éveillé au conte. Il n’y a plus que dans les fêtes et soirées familiales où on raconte, la parole s’étend partout, sortie des campagnes, s’installant dans nos villes. Nous vous présentons ici, un bref aperçu d’endroits propices à l’art de la parole. Et un conseil du signataire des ces lignes : attention, l’oralité s’attrape! Dans l’temps des fêtes surtout et même si tout ce qu’on vous raconte ressemble souvent à du fantastique, à de beaux mensonges, à de la rêverie.

Les Dimanches du Conte

Depuis 1988, les Dimanches du conte, présentés à la microbrasserie du Sergent Recruteur et menés par l’animateur-conteur Jean-Marc Massie sont devenus le happening hebdomadaire le plus couru en ville.
L’histoire nous rapporte en août 1998, alors que Massie et André Lemelin fondaient l’organisme à but non lucratif, les Productions du Diable Vert, laquelle s’était donnée pour but de faire la promotion du conte, des conteurs et conteuses, tout en privilégiant tout autant le traditionnel que le contemporain.
Une belle complicité s’étant établie entre le propriétaire des lieux, Louis Régimbald et Massie, ainsi que l’intérêt croissant pour cette forme d’expression, on fait que d’un horaire mensuel, les Dimanches du conte sont devenus hebdomadaires sont appelés les conteurs du Sergent Recruteur ceux et celles qui participent régulièrement aux soirées collectives.
Pépinière de nouveaux talents, le Sergent¸ d’autre part, attire un public dans la vingtaine surtout, nombreux ayant été « recrutés » dans écoles secondaires, cégeps et universités où les artistes de l’oralité se rendent de plus en plus.
(Sur la photo, Jean-Marc Massie et le propriétaire du Sergent Recruteur, Louis Régimbald)

Les Mardis Gras

Les Dimanches feront des petits, car André Lemelin –qui aura aussi fondé la maison d’édition Planète Rebelle, André Lemelin, ce défricheur, va bientôt inaugurer les Mardis Gras, réunion de conteurs à L’Intrus de la rue Rachel, à Montréal toujours. Cette fois-ci, il s’associe à Claudette L’Heureux.
Crées en septembre 2002, Les Mardis Gras se sont avérés rassembleurs, tel était le but de leurs fondateurs.
À tous les mardis (de septembre à mai) et le premier mardi du mois (juin à août), les Mardis-Gras reçoivent trois conteurs invités pour un spectacle de 2 heures.
Ici comme au Sergent Recruteur, on entend des gens des régions comme de l’extérieur du Québec, des gens qui passaient par ici, disons…
D’autre part, Lemelin comme Massie sont engagés dans d’autres activités, telles des festivals, l’espace nous manquerait pour décrire leur action au complet.

http://www.mardis-gras.net/
(Sur la photo, André Lemelin et Claudette L’heureux s’adressant aux spectateurs des Mardis Gras.)

Ailleurs à Montréal

Les vendredis Trad-Lib, animés par Yves Robitaille, fournissent également l’occasion aux aspirants de s’essayer. Les premiers vendredis du mois, ils se rencontrent à Par la porte d’en arrière, rue St-André, angle Jean-Talon.
Tandis que les troisièmes jeudis, Judith Poirier, du Cercle des conteurs, œuvre dans le cadre des Ateliers d’éducation populaire, rue Drolet.

Ça roule en Estrie

En Estrie, particulièrement à Sherbrooke, grâce à la passionnera Petronella van Dijk (photo) et les Productions Littorale, le conte fleurit. Pas assez au goût de ses promoteurs, tout de même davantage que partout ailleurs en province.
Au Café Pierre Jean Jase, on se réunit chaque deuxième dimanche du mois. Chez Yip, c’est le deuxième mardi, où il y a micro libre –c’est à dire que tous les aspirants peuvent plonger. Tandis qu’au restaurant Los Dorados, les derniers mercredis, on s’exprime aussi en espagnol. Donc, trois activités par mois, voilà qui n’est pas mal.
Par ailleurs, à Valcourt, l’Espace culturel Drainville et le Centre culturel Yvonne L » Bombardier accueillent également les conteurs. Y sont attendus en janvier et en février respectivement, Jacques Falquet de Gatineau et Oro Anahory et ses contes sépharades.

 

Et ailleurs au Québec

Au Presse-Café de Mont-St-Hilaire, Guy et Pauline Lemay convient à leurs Soirées des conteurs…Dans la Vieille Capitale, Bernard Grondin organise, Les Soirées Contes et Légendes au four Bar (Foubar)… à Hull, on a Les Contes du Mardi au Café Le Troquet, grâce à Jacques Falquet…Au Domaine St-Bernard du Mont-Tremblant, Les rendez-vous Contes du dimanche sont l’affaire de Brigitte Fauchoux…À l’Hôtel Yamaska de Cowansville, Paul Bradley anime LeRATconteTard…À Rimouski ça se passe au bar Rhinocéros, où Jean-François Denizon est l’hôte des Soirées de contes Rhinocéros… Au Centre des Loisirs de Saint-Louis de Richelieu, L’Heure Contes-thé sonne mensuellement (jeudi) grâce à Nicole Sénécal.
La parole fleurit. À n’en point douter.

 

 

Festin aux Îles de la Madeleine
LE FESTIVAL CONTES EN ÎLES

Les spectacles de conteurs sont de plus en plus suivis, les festivals de cet art oral se multiplient, la deuxième édition de Contes en Îles, celle de 2003 fut couronnée d’un franc succès. Les activités ayant débuté au port de Montréal, à bord du bateau Le Vacancier, elles se sont achevées de la même façon, mais le cœur de l’action s’est naturellement situé aux Îles de la Madeleine… là où le conte voyage.

Déjà, l’année précédente, la population de l’archipel s’était montrée enthousiaste devant cette manifestation, cette fois-ci, on a fait salle comble presque à toutes les représentations.

De l’audace

Les instigateurs de l’aventure, l’écrivain Sylvain Rivière et le producteur Gil Thériault, faisant preuve d’une certaine témérité, ont invité des conteurs natifs de 8 pays (comprenant le Québec), alors qu’ils en avaient reçu cinq en 2002. Le nombre des artistes étant passé de douze à 19 et les endroits de représentations de huit à une douzaine, pendant une période de 14 jours, le coup d’audace fut de lancer la fête à bord d’un bateau et de transporter artistes et personnalités jusqu’aux Îles.

À bord du Vacancier

Le départ du bateau Le Vacancier de la CTMA s’étant effectué dans le Vieux Port de Montréal, les voyageurs furent surpris de naviguer vers une température de plus en plus douce, les eaux de l’Atlantique ayant conservé leur chaleur en septembre.
À bord, en tout confort, le personnel souriant allait nous donner un avant-goût de l’affabilité des populations des Îles.
Alors que des arrêts à Québec et Matane permettaient de goûter à des boucheries saveurs du pays vers où nous nous dirigions, les spectacles ont commencé. Le premier à se faire entendre fut le Tchadien Abakar Adam Abaye, dit l’Enfant Noir. Celui-ci allait virer l’archipel à l’envers par son sens du spectacle et sa bonne humeur contagieuse. Il fut suivi par N’Diouga Saar, un Sénégalais d’origine établi à Montréal, où il opère le restaurant Keurfatou, rue Saint-Viateur.
Puis arrive Lorette Anderssen qui ne fera certes pas mentir sa réputation de conteuse raffinée. Présence scénique, force tranquille, un beau fleuron de la Suisse romande. Elle précédera le réputé québécois Jocelyn Bérubé. Tandis que l’aller se clôturera par la prestation du président d’honneur et porte-parole du festival, Fred Pellerin.
Le Vacancier fut le site de quelques autres prestations, en toute fin de festival, naviguant vers Montréal. Citons celles du Madelinot Didier Turbide, de Yvan Mercier représentant des Premières Nations, des Français Jean-Claude Desprez et Claire Mallet, des Québécois Simon Gauthier, Claudette L’Heureux et Alain Lamontagne, l’invité d’honneur..

Aux Îles

Dès l’arrivée, au port de Cap aux Meules, l’hospitalité des insulaires s’est manifestée, le groupe Échourie accueillant les visiteurs au son d’une musique traditionnelle.
Le premier mot revenant l’Ange-gardien du festival, le père Anselme Chiasson, l’âme qui fit connaître l’Acadie aux Acadiens par ses recherches du folklore, le père n’allait pas manquer d’étonner par la verdeur de ses 92 ans. C’était bien parti ! Nous étions au Paradis Plein-Air de Fatima, l’un des nombreux lieux de représentations, conférences , causeries, ateliers de formation, tables rondes, collectifs…
Du sud-ouest au nord-est de l’archipel, de Hâve-Aubert à Grande Entrée, en passant par la réputé région de villégiature Havre-aux-Maisons et Grosse-Île, on affichait complet bien souvent.
Alors que les Lamontagne, Bérubé Pellerin et Anne-Marie Aubin se relayaient auprès des élèves du primaire et du secondaire, Abaye rencontrait les gens du Club de l’Âge d’Or, Claudette L’Heureux celles des pensionnaires de la Villa Plaisance à l’occasion de la Journée internationale des personnes âgées.

Un festin

Que ce fusse aux populaires Café de la Grave, Bar Central et Aux Pas Perdus, que ce fusse à la radio et à la télévision communautaires, à la Garderie Chez Ma Tante, ou à celle de La Ramée, au Musée Old Harry ou encore au café-théâtre Chez Wendell comme aux endroits nommés Délices de la Mer, Claire de Lune ainsi qu’au Entry Island Historical Museum, la fête se poursuivait dans un véritable feu-roulant de contes, légendes, récits historiques.
Aux conteurs et raconteux mentionnés précédemment se joignirent le Madelinots André Vigneault et sa fille Karine, de même que Donald Pealey, Steeve Poirier, Gilles et Réjeanne Lapierre, le président d’honneur des Contes, Achille Hubert, une Viola Léger qui n’a plus besoin de présentation, le Terre-Neuvien Gérald Thomas, l’Irlandais Mike Burns, la Marocaine établie au Canada Myriame El Yamani, un festin qu’on vous dit !
Aux Îles, les activités se conclurent par le concours de la plus belle menterie (une histoire incroyable racontée sous la forme d’un récit authentique, en sept minutes); ainsi que par le duo Noir et Blanc composé des innéfables Abaye et Pellerin. Malheureusement nous avions dû prendre le chemin du retour.
Mais vous saviez ce qu’on répète aux Iles de la Madeleine : pour chaque trois visiteurs, deux reviennent. Ce sera le cas du signataire de cet article…un jour de contes de préférence.

Pierre LUC

Le Tchadien Abakar Adam Abaye sur le bateau Le Vacancier qui accoste aux Îles de la Madeleine. Derrière, le Mont Cap aux Meules, dans le village du même nom.

Une vétéran raconte : la Suissesse Lorette Andersen.

Avec toute sa verve, Simon Boucher, dit Simon du Fleuve.

Comédien, conteux et violoneux, nous avons nommé Jocelyn Bérubé.

Il est natif du Sénégal mais a pris racines et femme au Québec : N’Diouga Saar.

Donald Pealey , madeleinien de descendance irlandaise commence à conter et le fait avec passion.

Son violon se fait entendre d’une île à l’autre, Steeve Poirier raconte leur histoire musicale.

Sur les genoux de son grand-père John à Marin, Gilles Lapierre a appris ses premiers contes.

L’Acadienne Viola Léger est venu pousser son petit mot, bien évidemment.

Didier Turbide, comme pas un, chante et raconte la mer depuis 25 ans.

Premier prix du concours amateur cuvée 2003 : Éva Cormier Langford.

Guth Desprez écrit, conte et enseigne depuis une quinzaine d’années : un bon lot.

En route vers les îles, le directeur des opérations Gil Thériault et l’Ange Gardien en Festival, le Père Anselme Chiasson.

Confortablement installé sur le pont de Le Vacancier, Sylvain Rivière –directeur artistique- converse avec Anne-Marie Aubin.

Au Paradis Plein Air de Fatima, père et fille, André et Karine Vigneau.

Et au Café de la Grave de Havre-Aubert, mère et fille, Geneviève Cyr (Vigneau) et Karine.

En 2002, elle avait gagné le concours de la plus grande menterie, elle peut nous en pousser d’autres : Réjeanne Lapierre.

Ils avaient fait le voyage : Georges Welliquet du Festival du Conte de Chiny en Belgique, Petronella van Dijk de Les Jours sont contés en Estrie, Jean-Louis Bardier du Festival International de Vassières en Limousin (France).

Heureux de se retrouver, heureux d’être là : Fred Pellerin et le conteur-harmoniciste Alain Lamontagne.

Ils en avaient de bonnes à se raconter : Fred Pellerin et Claudette L’Heureux que vous rencontrez régulièrement à L’Intrus de Montréal, un haut lieu du conte.

À la radio communautaire CFIM de Cap aux Meules, Annie Lapierre dirige une table ronde à laquelle participent Diouga Saar, Alain Lamontagne, Lorette Andersen et André Vigneau.

Myriame El Yamani livrant son classique de conte La ligne à butin volante.

« Vous m’en direz tant », semble dire Anne-Marie Aubin devant…les dires de Jocelyn Bérubé.

L’homme de lettres Jean Fugère et Pauline Gervaise Grégoire de l’Office du Tourisme des Îles.

Fière représentante de la Suisse normande, Laurette Andersen interviewée par Yves Blouin pour Radio-Canada de Matane, à bord du Vacancier.

Belle assemblée féminine : Petronella van Dijk de Production Littoral, Natacha Glenac (marketing et logistique des Contes), Karine Vigneau, Annie Lapierre de la radio CFIM.

Bonne bouffe, bon petit boire entre conteurs : Myriame El Yamani et André Vigneau.

 

 

COMME DANS UN MAGAZIN DE BONBONS
En plus de quarante-cinq ans de métier, il m’a été donné d’être assigné à la couverture du Festival de Cannes, de Grands Prix de course automobile à travers le monde, de couvrir des compétitions internationales de ski, d’aller en interview à Paris ou assister à des spectacles à New York ou à Las Vegas, rarement aurai-je pris autant de plaisir que lors de ces six journées en compagnie des artistes et artisans de Contes en Îles.

Nouveau pour moi, cet art de l’oralité m’aura permis de découvrir un esprit de camaraderie qui me rappelait celui des chansonniers, il y a une quarantaine d’années, ainsi que des performers de grand talent.

Chaque jour nous apportait un nouvel arrivage de conteurs, c’était chaque fois des effusions de joie, ce monde semble éprouver un plaisir renouvelé à chacune de leurs rencontres. Comme lors des premiers pas sur scène des Moreau, Charlebois, Gauthier, Calvé, Létourneau, qui se trouvaient sensiblement tous au même niveau de carrière, les conteurs se racontent leurs joies, leurs petites misères, échangent des idées.

Quant au talent, ils en ont à revendre, que ce soit un Jocelyn Bérubé et son violon, un Alain Lamontagne et sa musique à bouche, un Abakar Adam Abaye et ses instruments africains. Chez les Québécois, celui qu’on appelle le Mozart du conte, Fred Pellerin pourrait, dans une salle de dimension relativement modeste, se comparer avantageusement avec la grande majorité de nos humoristes. Fred raconte mais il fait rire aussi, du rire mur à mur !

Contes en Îles, résultat d’une intention des Madelinots de prolonger la saison touristique aux Îles de la Madeleine, avait été confié à l’écrivain Sylvain Rivière (directeur artistique de l’événement), lequel a demandé la contribution d’un complice de quelques bons coups, le journaliste-photographe-producteur-homme de marketing devenu directeur des opérations, Gil Thériault.

«L’idée des contes m’est venue suite à mes promenades en Europe », raconte Rivière. « Je me disais : il faut faire ça aux Îles, où la tradition du conte est préservée grâce surtout à l’insularité. »

Selon lui, Rivière, nous vivons dans une société où on ne se donne pas le droit de rêver : « on pense que ça coûte trop cher ». Or, les conteurs sont porteurs de rêve, les contes ne présentent aucune barrière à l’imagination, tandis que ce festival de l’archipel s’avère une fête de l’humanité et de la parole; une fête pour tous les publics.

Ce n’est qu’en juillet de l’année 2002 où Thériault est entré en action, soit à environ deux mois de la première édition. « Je trouvais ça audacieux », dit-il, « on est venu rejoindre chez moi l’homme de rêve. Mais à une semaine de l’événement, nous n’avions pas encore le budget voulu, pas d’équipe, est-ce que ça allait être un flop total…? »

Cependant, la population a réagi vivement et positivement, les conteurs furent émerveillés, l’aventure s’annonçait belle et elle le demeure. Il faut dire que la simplicité de la structure des spectacles de conteurs, avec pas ou peu de musiciens ni systèmes de musique compliqués facilite le déploiement, d’une salle et d’un village à l’autre, donc s’avère moins coûteux, demande moins de ressources humaines que la plupart des autres arts de la scène. Quand même, nous nous trouvons ici devant une activité à caractère international, ce n’est pas de tout repos. Qu’à cela ne tienne, d’exprimer Thériault : C’est un charme de travailler avec les conteurs, dans l’amitié et le respect. »

Pierre LUC

 

 

DES CONTEURS RACONTÉS…
Plusieurs auront attendu longtemps avant que journalistes et photographes s’approchent d’eux, tous ont conservé une candeur rafraîchissante qui les rendent attachants dès le premier abord. Ce sont les conteurs. Ici un Sénégalais établi au Québec, là une professeure de province, là encore une dame de trente six métiers, 36 misères. Nous avons nommé : Diouga Saar, Anne-Marie Aubin et Claudette L’Heureux.

DIOUGA SAAR

Diouga, si on peut se permettre de l’appeler par son prénom, est ce Sénégalais vivant à Montréal depuis une vingtaine d’années. Il est celui, selon une description de lui-même fournie aux organisateurs de Contes en Îles, qui « emprunte le rôle du maître de la parole pour livrer l’aliment imaginaire ».

Marié à une Québécoise, père de deux adolescents, Diouga Saar se dit heureux de participer à la diversité québécoise, que ce soit aux Îles de la Madeleine, dans les Cantons de l’Est ou à Montréal, dans les écoles ou les bibliothèques.

Dans la Métropole québécoise, Diouga opère un restaurant, le Keurfatou, rue Saint-Viateur, où, cuisinier à l’occasion, il nous sert des spécialités de son pays d’origine. Les fins de semaine on y assiste à des soirées de contes, on y entend des chants et des musiques du monde.

ANNE-MARIE AUBIN

Professeure en arts et lettres au cégep de Saint-Hyacinthe, Anne-Marie Aubin enseigne aussi le conte et la littérature pour enfants. Conférencière, animatrice, conteuse, auteure, elle se passionne depuis toujours pour l’oralité. Elle conte depuis 1981.

Anne-Marie se spécialise dans les contes de fées, qu’elle considère des « personnages fascinants ». « Je les prends dans la tradition, explique-telle, et je les adapte de façon à ce que les gens d’aujourd’hui se sentent concernés. J’adore ce genre de contes parce que je suis encore une enfant. »

Madame Aubin a eu l’occasion de travailler en France et en Italie.

CLAUDETTE L’HEUREUX

On dit de Claudette L’Heureux, qu’elle a connu trente-six métiers et 36 misères…

« Comme ben du monde, j’ai fais toutes sortes de métiers, parce que je ne savais pas ce que je ferais quand je serais « grande », convient la conteuse originaire Maniawaki.. « Et puis je me suis adonnée à mettre le pied sur le merveilleux chemin du conte. Et voilà où je suis rendue. »

Pour se rendre là, Claudette L’Heureux s’est tout d’abord sentie interpellée à l’occasion du Festival interculturel de Montréal, en 1993, alors qu’elle a participé à La grande nuit du conte. Puis, après être allée s’occuper de ses parents, dans sa municipalité, elle a refait surface sur Montréal en 1998. Soit au moment où André Hamelin et Jean-Marc Massie ouvraient le Sergent Recruteur.

« Des soirs, il y avait plus de conteurs que de contés, mais l’aventure était lancée, dit-elle.

Et si désormais les « contés » se font plus nombreux, c’est tout à la joie de Madame Claudette :

« On voit du bonheur dans les yeux, et nous sommes étonnés de constater le bas-âge des gens qui viennent écouter. Il y a quelque chose de convivial dans le fait de se faire conter des histoires. »

 

 

ALAIN LAMONTAGNE :
taper des pieds….
jouer de la musique à bouche
et conter !
Alain Lamontagne a été comédien, il est devenu un harmoniciste recherché et ensuite l’un des pionniers du conte au Québec. En septembre dernier, dans une unité du Château Madelinot des Îles de la Madeleine, où se tenait le festival Contes en Îles, nous avons fait un brin de jasette.

Avant d’entamer une reproduction de notre conversation avec Alain Lamontagne, rappelons que…
Alain Lamontagne a d’abord été comédien, de 1973 à 1976 surtout, devenant l’un des membres fondateurs du groupe La Veillée (qui a pignon sur rue au Théâtre Prospero), avec les Julien Poulin, Marie Eckel, Gabriel Arcand… Puis il a commencé à jouer de la musique à bouche.
Sur disque, Lamontagne a accompagné bon nombre de chanteurs, Vigneault, Piché, Plume pour ne nommer que ceux-là. Mais aussi Michel Donato, lui association ayant duré de 1992 à 1998.
Depuis 27 ans, Lamontagne gagne sa vie à conter, il s’est produit sur 5 continents, des fois comme conteur, des fois comme musicien selon la langue du pays.

Devenu conteur

-Alain Lamontagne, on répète que le conte existe depuis qu’Alain Lamontagne raconte…
- Ah, le conte existe depuis bien plus longtemps… Quand l’être humain s’est organisé, après avoir mangé et tout, les gens ont commencé à raconter des histoires. Cela dure parce qu’on aime entendre autant des calomnies et des médisances et ragots que de se laisser transporter par une histoire.
- Et puis est venu la musique…
- Par après, on tapait des pieds, on jouait de la musique à bouche il manquait la parole.
- Pour vous qui étiez musicien, c’est comme devenu une déformation professionnelle de chanter…
- Un guitariste va pouvoir s’exprimer aussi par la bouche. Moi, harmoniciste, je trouvais qu’il me manquait quelque chose : j’avais le rythme avec la percussion des pieds, j’avais la musique, il me fallait les mots. C’est là que j’ai commencé à raconter des histoires. J’étais devenu un conteur.
- Toutes sortes d’histoires ?
- Disons que je suis un conteur-auteur. Ce sont soit des histoires que j’écris, ou des adaptations de mythes grecs, ou encore sur des pensées philosophiques en général. J’essaie de parler de ce qui intéresse l’humain : l’amour, la mort, le manque de communication… et aussi de trucs invraisemblables.

…et conteur important

- On dit aussi que, dans la francophonie, vous figurez parmi les conteurs les plus connus et importants.
- C’est que maintenant il y a une mode. Avant, les gens ne disaient pas que j’étais un conteur mais que j’étais Alain Lamontagne, tout simplement. D’autres ont surtout connu l’harmoniciste. Toutefois, je suis content d’avoir « garder le fort », d’avoir continué à faire quelque chose que j’ai toujours aimé. Aujourd’hui, c’est devenu populaire et j’en suis content. Les conteurs et les festivals se font de plus en plus nombreux, on semble nous découvrir, mieux apprécier notre talent…
- Le monde aime ça, comme on dit…
- Dès que quelqu’un entend un bon conteur, de bonnes histoires, c’est rare qu’il n’est pas séduit et qu’il n’a pas hâte de revenir.

 

 

SIMON GAUTHIER,
DIT « SIMON DE LA MER »
Parce qu’il a toujours habité près de l’eau, on l’a surnommé « Simon de la mer ». Il s’agit de Simon Gauthier, l’homme à l’égouine, de la deuxième génération des conteurs québécois qui affirme : C’est Faubert qui m’a starté ! »

Simon Gauthier est conteur depuis 1997. Sac à dos depuis toujours, sa scie musicale toujours à portée de main, ce natif de Sept-Îles se dit de la génération de conteurs qui suit celle des Alain Lamontagne et Sylvain Jocelyn Bérubé et, surtout, d’un Michel Faubert. Ce qui lui fait s’exprimer : « C’est lui, Faubert, qui m’a starté ! »

En France

Allumé donc, par cette première vague québécoise de conteurs, Simon Gauthier est « parti pour la bohème », selon sa propre expression, pendant environ 3 ans, offrant ses services dans les cafés. Enjoué comme toujours, il ajoutera : « Je leur disais que je n’étais pas un compteur d’Hydro-Québec mais un gars qui disait des contes… »
Puis il a crée sa propre route, s’amenant un jour à Timon, en France, sans s’être trop annoncé. On lui a donné une petite chance, il en a fait son nid, si bien qu’on l’entend deux, trois fois par année dans l’Hexagone. « En fait, je tourne davantage en France qu’au Québec », expliquera-t-il à notre surprise.

Festival de Tadoussac

S’il a dû en raconter beaucoup de choses pour qu’on le laisse raconter, Simon Gauthier réalise désormais avec satisfaction que, maintenant, on frappe chez lui pour obtenir ses services.
Toutefois, c’est à Tadoussac, où il a vécu pendant 4 ans que Gauthier a apporté l’une de ses importantes contributions fondant le Festival des conteurs en rafale dont la cinquième édition aura lieu en mai 2004.
Rien que là, à Tadoussac, en plus d’avoir beaucoup promener ses pas entre Québec et Natasquam, c’est là où il a donné plus de 250 spectacles, ce qui n’est pas rien.

Près de l’eau

Simon Gauthier vit présentement à Verchères, pour se rapprocher de la colonie des conteurs, ses camarades. « Mais Sept-Îles, Tadoussac, Verchères, j’ai toujours été à proximité du fleuve. C’est sans doute pourquoi on m’a surnommé « Simon du fleuve ».
Et comme s’intitule le récent CD de Simon Gauthier ?
»De la mer à l’au-delà ».
Un gars qui a de la suite…dans ses contes.

 

 

FRED PELLERIN,
ÇA LUI EST VENU DES VIEUX
Si auparavant Fred Pellerin racontait toutes sortes d’histoires pour gagner sa vie…aujourd’hui qu’il pratique à plein temps, l’artiste de St-Élie de Caxton a fait du conte SA VIE.

Après Michel Faubert, il serait le conteur le mieux rémunéré au Québec, il a deux livres-CD (chez Planète Rebelle) à son actif en quatre ans de carrière, rares sont les festivals qui ne tiennent pas à sa participation, sa présence garantit des salles pleines, nous pourrions ajouter qu’il est devenu une vedette. Voyons ce que le principal intéressé en pense.

-Fred Pellerin par-ci, Fred Pellerin par-là, les commentaires sont toujours élogieux, on vous dit le « Mozart du conte », ça vous gêne si on vous accole le mot « vedette »?

- Ben, une vedette, une vedette… ça va ben, en fait. Ça délire, ça disjoncte, les publics qui sont là aiment ça… C’est peut-être des adons mais c’est vraiment la belle vie! C’est plus que j’aurais pu rêver. Je ne pensais même pas qu’on pouvait vivre du conte au Québec. Donc, je laisse aller les affaires.

Les vieux qui racontaient

- D’où vous est venue l’impulsion de raconter ?
- Ça m’est venu des vieux, comme des un peu moins vieux. autour de moi : ma grand-mère, Eugène Garand, pépère, Jacques Langlois, Ferdinand Garceau qui racontaient des histoires et que nous écoutions. En fait, ils ne se rendaient pas compte qu’ils racontaient, c’était un peu comme on discute, mais tout d’un coup ils disjonctaient, ils prenaient le plancher. J’aimais ça les écouter.
Puis je suis devenu guide touristique dans ma région, à St-Élie de Caxton, j’ai travaillé dans l’animation, toutes des jobines qui ont fait que j’ai disjoncté à mon tour, que je prenais le plancher…
Après ça, j’ai vu Michel Faubert, Alain Lamontagne et Jocelyn Bérubé, et j’ai découvert que c’était possible de le faire.
- Vous vous êtes senti chez vous dans cet univers…?
- Oui.
- Et puis on se promène à travers le monde…
- Dans la francophonie en fait : Canada, France, Belgique, Suisse, je ne suis pas allé en Afrique encore : ça va venir. Il y a des réseaux de contes : une dizaine au Québec, 70 en France…
- Certains comme Lamontagne, Bérubé et vous-même ajoutez de la musique, elle fait partie intégrante de vos spectacles…
- J’ai ma guitare, un harmonica et j’embarque mon accordéon dans le char quand je ne suis pas trop paresseux. Sinon, c’est de la mandoline. Je joue aussi un peu du piano. La musique, j’en faisais surtout quand j’étais dans le groupe traditionnel Les tireux de roche. Mais disons que je m’arrange pour voyager le plus léger possible.

Des histoires de son village

- Chose certaine, vous semblez vous amuser, sur scène comme ailleurs.
- Je joue beaucoup avec l’humour. On me demande souvent si je suis un humoriste, mais j’aime mieux être étiqueté « conteur », parce que c’est mon but, conter des histoires de mon village.
- Un peu cabotin, non, cherchant à faire rire les audiences?
- Oui, mais en même temps, bien souvent les gens rient et je ne sais même pas pourquoi. J’ai la paranoïa du pantalon ouvert, d’une saleté au bout du nez, je me demande toujours s’il n’y a pas quelque chose qui dépasse… Bon, ça rit, donc je prends ce courant-là. C’est un bel outil, c’est vendeur, le rire. Dans le sens où une fois que les gens ont un peu ri, nous pouvons les amener ailleurs si nous le voulons.

Conseil aux aspirants

- Qu’est-ce qu’on dit, Fred Pellerin, aux personnes qui se sentent interpellés par le conte, comment peuvent-elles s’y engager?
- En écoutant, la plus grande qualité d’un conteur étant d’écouter. Après ça, ils prennent le micro qui leur est offert. Le conte est tellement facile, autant par l’oreille que dans sa pratique. Contrairement à la musique et au théâtre où ça prend de la formation, des amplificateurs, des éclairages, une machine de production. Le conte, on prend juste une chaise de bois et un micro quand il y a beaucoup de monde. C’est facile de s’essayer.
- Il en existe des endroits avec le micro ouvert pour débutants?
- Aux Mardis Gras de L’Intrus, rue Rachel à Montréal, la deuxième partie est réservée aux gens de la salle. Ils prennent le micro et racontent une histoire, point final.

 

 

JOCELYN BÉRUBÉ…
grain de sel et cœur d’enfant
Parce qu’il a été comédien, Jocelyn Bérubé est l’un des conteurs dont le nom sonne familier aux oreilles du grand public. Voilà maintenant qu’il conte et pourtant il ne s’en lasse pas au contraire. Un court question-réponse en compagnie de celui dont on vient d’éditer le livre-CD intitulé Portrait en blues de travail.

-Jocelyn Bérubé, votre nom et votre visage demeurent familiers…
- Je ne me considère pas comme quelqu’un de très connus…un peu parce que j’ai participé à différentes affaires : allant de comédien –ce que je fais encore un peu- à musicien.
- Vous avez été comédien d’abord…
- Dans les années 70, j’étais dans une troupe qui s’appelait Le Grand Cirque Ordinaire; au cinéma j’ai joué dans Gina et dans L’Homme à tout faire et, à la télévision, notamment, dans L’Héritage. Mais tout à côté de ça, je débutais dans un autre métier, celui de conteur.
- Et vous étiez musicien…
- J’ai commencé à conter en 1972, au Grand Cirque Comme je jouais du violon traditionnel, le conte est arrivé là-dedans. Tranquillement, du temps de la Casanous, à Montréal, et en province, je contais des histoires, à la bonne franquette. Puis en 1976, j’ai produit un long-jeu, Nil en Ville, d’après le village où je suis né, Saint-Nil, du bord de la Gaspésie, dans les terres, un village désormais fermé, un phénomène qui continue. On en parle pas beaucoup de cet exode, parce qu’il se passe tellement de choses dans le monde, mais…
- On dit que vous êtes tellement pris dans vos histoires qu’on dirait que c’est vrai, peut-être là une conséquence de votre formation de comédien…
- Ça ne nuit pas. Parce que parfois il y a des personnages à jouer, qui parlent à travers le conte, il faut donc leur donner un peu de caractère. Quand même, disons que les contes il faut prendre ça avec un grain de sel et un cœur d’enfant…
- Depuis maintenant plus de vingt ans que vous contez et vous semblez toujours vous amuser…
- Ça m’amuse autant qu’avant. Ça ne diminue pas. Même si c’est toujours à refaire, c’est comme si c’était la première fois. C’est même plus amusant parce que le public est plus considérable et plus réceptif. T’as plus à te battre pour passer ton matériel. Maintenant, les gens savent, ils viennent écouter ça, ce qui nous est ben agréable. »
Contez, contez encore, Jocelyn Bérubé, car ça nous est ben agréable itou.

 

 

OBJETS DE CADEAUX,
CES LIVRES-DISQUES
DE PLANÈTE REBELLE
Noël, la Saint-Sylvestre, la Saint-Valentin, quelle belle période pour le conte, l’imaginaire, le fantastique : à la télé ou au cinéma, en trois dimensions et, depuis cinq ans, en livres, des livres accompagnés d’un disque. Pour enfants, bien sûr, mais pour adultes c’est sûr aussi! Alors voici une suggestion de cadeaux à l’occasion de ces fêtes, des produits de Planète rebelle de Marie-Fleurette Beaudoin, tous d’une qualité renversante parce qu’exceptionnelle.

En textes, photos, mots, délires, musique, c’est d’abord à un ouvrage festif que nous invite Planète rebelle avec Les Dimanches du conte. Déjà cinq ans! qui réunit les conteurs du Sergent Recruteur. Récits de vie, contes du terroir et contes urbains, histoire philosophiques ou poétiques tracent un paysage où se côtoient les plus vieux maîtres et de jeunes émules. Et comme chefs d’orchestre, les deux fondateurs des Dimanches du conte : André Hamelin et Jean-Marc Massie. Le livre s’accompagne de l’enregistrement sur CD du premier spectacle anniversaire, en compagnie des musiciens Maryse Poulin et Nicolas Letarte.
Autre association, avec les Productions Littorale de Petronella van Dijk, en blanc et en noir : Les jours sont contés Portraits de conteurs, avec des textes de Christian-Marie Pons et des photos de Danielle Bérard Le CD nous permet d’entendre les grandes pointures : Michel Faubert, Marc Laberge.
Portraits en blues du travail de Jocelyn Bérubé se propose comme un ouvrage de maturité. Le vétéran conteur a voulu redonner aux gens d’ici ce qui est à eux : comme un trésor qu’il aurait trouvé sur la route de l’imaginaire et dont ils en sont les propriétaires. Des portraits, des figures emblématiques que Bérubé a récoltées à travers le Québec. Le CD nous fait également vivre de beaux moments, alors que le violon du conteur s’accorde avec le piano, l’accordéon, l’harmonica, le tapage de pieds…
Dans la collection Paroles, Fred Pellerin nous entraîne dans l’univers à la fois grandiose et fragile de Babine, le fou du village, le souffre-douleur, celui par qui l’on pense que tous les malheurs du monde peuvent advenir. « Une histoire qui en dit long sur un homme qui avait le dos large », dit Pellerin. Cependant, Il faut prendre le taureau par les contes se veut –et réussit à l’être! une œuvre teintée de tendresse, qui se déploie au sein de Saint-Élie-de-Caxton, village où vit Fred Pellerin.
Dans cette même collection, pour les familiers du conte dit traditionnel, dans Raconte-moi que tu as vu l’Irlande, Mike Burns, en bon irlandais, fait œuvre d’humour : il joue avec les mots et valorise les calembours et les locutions mémorables, sortes de chorégraphies verbales, trait distinctif de la culture européenne.
Arrêt, stop, faisons place à René Robitaille, qui oscille avec un pareil bonheur entre contes pour adultes et ceux pour enfants. Ouvrage paru il y a quelque deux ans, Contes coquins pour oreilles folichonnes : parfois délicieux souvent malicieux, pour oreilles dégourdies, ils nous invitent à la rencontre de licencieux personnages, comme la petite Nitouche, craignant avoir échappé son précieux personnage dans la rivière; ou encore ce brave chevalier capable de converser avec la bouche secrète des femmes.
Tandis que pour les enfants (7 à 12 ans), la rencontre de Renée Robitaille et de l’illustratrice Éloïse Brodeur nous vaut un petit bijou, en ensemble s’imposant comme un incontournable dans les idées-cadeaux : Gourmandises et diableries. Les trois textes choisis et adaptés par la conteuse puisent à la tradition populaire qui a influencé l’imaginaire des enfants à travers le monde. Le talent de dire de Robitaille, les dessins et le choix des couleurs de Brodeur se conjuguent dans un produit tout simplement merveilleux!
Voici un collectif de femmes, Tant d’histoires autour des seins, avec des illustrations de Guth Desprez, des récits qui nous rappellent, entre autres, comment le cancer du sein vient ébranler les mythes qui jalonnent l’histoire de l’humanité.
Nous trouvons aussi Contes traditionnels du Canada, ouvrage issu d’une série éducative de Radio-Canada International, destiné à l’apprentissage du français pour des enfants d’autres pays, dont la Chine.
Et n’oublions certes pas les contes du recueil d’Oro Anahory-Librowicz, issus de la tradition juive et qui se présentent sous le titre Les contes ds mille et une sphères. Magnifique conteuse que cette dame.
Ces ouvrages, disponibles en librairies se vendent à un coût approximatif de vingt dollars.

Planète Rebelle: 514.278.7375
info@planeterebelle.qc.ca

 

 

Retour à la page d'entrée