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ÇA DRAG
AU QUÉBEC

- par Pierre LUC

Du printemps à l’automne, des milliers de mordus de la vitesse envahissent les pistes d’accélération du Québec et autres parcours dessinés à cet effet, évacuant leur trop plein d’adrénaline tout en s’identifiant à leurs héros, ceux du sport d’une fraction de seconde.

À bord de leurs machines gonflées aux hormones mécaniques, ils délaissent rues et chemins publics pour des endroits rendus plus sécuritaires pour eux-mêmes comme pour la population en général. Phénomène nouveau ? Pas tout-à-fait.

L’engouement pour ce type de confrontation où chacun veut prouver la supériorité de son véhicule,  en termes de puissance et de vitesse pure, remonte chez nous au milieu du siècle dernier.

À Montréal, ces aficionados s’exprimaient particulièrement dans les quartiers de Verdun, Notre-Dame de Grâce et St-Laurent. Comme à Québec, un peu plus tard, sur un tronçon désaffecté de la route 9 ou encore près de l’ex-brasserie O’Malley.

Ils n’y étaient pas toujours les bienvenus et leurs transports jugés illégaux par les représentants de la loi.

Premières pistes
L’ordre et la loi se firent un peu valoir quand, à l’été 1960 le promoteur et futur journaliste éminent Gord Atkison réunit une dizaine d’enthousiasmes sur une portion du circuit de stock car Bouvrette, à St-Jérôme. Dans un même élan, il ouvrit le Montreal Drag Strip au terrain d’aviation de Pratt & Whitney, de la rive sud montréalaise.

Clou du calendrier, la présence du recordman de vitesse sur les sables du Utah, Art Arfons dans sa Monster Machine V-12  d’aviation à quatre roues motrices.
Ensuite,  on a  aussi dragué à Cedars (Les Cèdres) ainsi que sur le 1/8 de mille de Mascouche.

Napierville et Pont-Rouge
L’ère moderne devait s’installer à compter de 1962, année des premières compétitions à Napierville.

L’homme d’affaires André Gagnon y investit une somme d’argent colossale pour en faire un complexe professionnel, affilié à la puissante National Hot Rod Association (NHRA) d’Amérique du Nord.

Le légendaire Don « Big Daddy » Garlits y fut invité à se mesurer au spectaculaire Tommy Ivo devant une foule annoncée de 10 000 spectateurs.
Tandis qu’à l’Est, en  1966, J.A. Drouin ouvrait le Quebec Dragway, (aujourd’hui La Piste d’Accélération Pont-Rouge) un endroit procurant les installations requises pour la vitesse et la sécurité.

Au niveau de la compétition locale, les plus anciens aduleront encore les Henry Pitts, Mullin, l’un des as de Verdun, les futurs adeptes du circuit routiers, George Nicholas, Ernie Devos (Formule Junior) Dave Greenblatt et sa Corvette, notamment.

Par la suite, dans la décennie 60, les favoris répondaient aux noms de Gary Dearn, Léo Bérubé,  Pierre St-Pierre, Jean-Yves Drolet, George Massey, Pat Cristafaro, André Tallard, ainsi qu’à celui de Ron Bracken. Ce dernier devait prendre possession du ¼ de mille de Napierville en 1968.

Le gambler
Ron Bracken aurait pu se comparer à René Angelil en tant que gambler. Doué d’un sang-froid exceptionnel, défiant les affres de la température, il organisait des meetings d’une dizaine de dragsters et funny cars dont les flammes présentaient un spectacle ahurissant sous les réflecteurs.

Pendant ce temps, les champions d’hier faisaient place aux Jean Lippé, Paul Gougeon, Claude Huot, Marcel Couture et à un George Constantine, notre star mythique de l’accélération.

Élégant, s’entourant des plus belles femmes, il avait l’appui de Ford du Canada ; son sens aigu de la réaction et ses départs canons lui valurent une panoplie de victoires. Mais le beau grec mourut prématurément dans un accident nautique. Le chemin de son dernier repos prit l’allure de funérailles nationales.

Les deux dernières décennies du 20e siècle permettront d’applaudir l’armada de Pont-Rouge, où Jean Desroches en fit les beaux jours : Alain Tanguay, Mario Gourges, Ghislain Beaulieu, Jacques Filteau, Mario Martel qui se mesuraient aux gars de l’Ouest : Claude Thétreault, François Périard, Louis Desjardins, trois vainqueurs du circuit ultime des Grands Nationals nord-américains ; ainsi qu’à Gilles Daoust, Rudolf Nadeau, maître à Napierville, Marcel Couture…

 Dans un même temps, Alban Gauthier, solide compétiteur de la classe Pro Stock, sillonnait les pistes américaines, se mesurant avec fierté à la compétition internationale.

Retour à Napierville
Après le règne Bracken, vint celui de Ronald Brunet, lequel opère Napierville depuis 1985. Travailleur infatigable, doué d’imagination et secondé par sa femme Céline et par ses deux fils, Nicolas et Carl, cet ancien coureur se consacre avec passion au sport d’une fraction de seconde.

Son affiliation à la NNRA lui garantit des événements de prestige, tels le National Open Division 1 et le National Dragster Challenge précédant celui de Luskville.

Sanair la belle
Le 2 juin 1970, le sport de l’accélération québécois prenait des airs de grandeurs lors de l’inauguration la piste de Sanair de Jacques Guertin. Ce complexe ultra moderne allait attirer les plus grandes vedettes de l’accélération, lors d’événements dits  Grand National.

De 1971 à 1992, y défilèrent, de multiples champions, tels John Force, Joe Amato, Kenny Bernstein, Joe Amato, de  même que la fameuse  Shirley Muldowney auréolée de trois titres mondiaux.

Le 29 juin 1984, à 280 milles-heures, un pneu crevé sous son dragster la propulsa dans le champ et en une réhabilitation de 18 mois. Onze ans plus tard, comme un pied de nez à la piste, elle emprunta la même ligne pour foncer à la vitesse de pointe de 295 m/h. Un moment d’anthologie ! Qui nous est rappelé par le chevronné directeur de courses, André Massé.

De nos jours, Sanair s’ouvre à une compétition locale de bon niveau. Claudine Poulin s’étant amenée avec son groupe NDRA (pour National Dragster Racing Association –décidemment, on n’échappera pas aux expressions américaines dans cette discipline sportive), un calendrier tricéphale met en lumière les Richard Arnold, Alain Cauchon, Frédéric Angers, MichelFavreau…

Drag de rue
Cependant, les hors la loi contemporains,  pas plus que ceux d’autrefois ne trouvaient grâce auprès des autorités policières. Heureusement, les pistes leur ouvrirent les bras… tout en s’assurant une vaste clientèle.

Ceci plus particulièrement depuis le commencement du présent siècle.
Jouissant du vaste bassin de la couronne nord montréalaise, l’Autodrome St-Eustache, où on parle d’encadrement et de sécurité, reçoit  jusqu’à recevoir 5 000 entrées (coureurs et spectateurs) par semaine.

À Napierville, les Brunet organisent de méchants mardis tout aussi explosifs quand au nombre de participants (400 à 500) qui s’escriment dans des autos aux modifications restreintes.

Le vendredi soir, à Sanair, le même nombre enthousiastes s’élancent à raison de trois vagues à la minute. Leur signal de départ est signifié par un véritable système de rue, qui passe du rouge au vert.

Au bout de la ligne, aucune bourse, aucun trophée de les attends, seulement un porte-clés sur lequel est inscrit : « Merci de ne pas utiliser la rue comme une piste de course »
.
Ailleurs, à Pont-Rouge, St-Tite ou St-Élie d’Orford, mêmes défis : chacun voulant prouver la puissance de son engin.
Bilan, aucun sport mécanique ne peut revendiquer autant d’adeptes que la course d’accélération.
Ça drag en masse au Québec !

 

(Ce reportage a d’abord paru dans le magazine AutoMag)

PHOTOS

Alain Cauchon dans l’un de ses deux dragsters.

Frédéric, l’un des frères Angers : comme les Mousquetaires, ils sont quatre.

Série Early Birds de Sanair 2007 : Michel Favreau l’emporte.

 

LES FESTIVALS


Depuis l’an 2000, Martin D’Anjou et le Groupe Victoire de Québec, promoteurs de la tournée de hockey Les Légendes, présentent la série FestidragCastrol.
De la mi-juin à septembre, D’Anjou et ses partenaires transportent leurs pénates dans les villes de l’est québécois pour y organiser des événements d’une ou deux journées.
Sur des pistes d’aéroports ou dans des parcs industriels, de Thetford-Mines et Alma, à Forestville et St-Honoré, en passant par Mont-Joli et Rivière-du-Loup, les compétiteurs s’amènent en nombre de 300 à 400, rivalisant, selon D’Anjou, devant des foules de 10 000 personnes.
« Nous offrons des programmes professionnels, dans des cadres sécuritaires, d’assurer D’Anjou »
Cinq, six catégories de voitures s’alignent en chaque occasion, les compétiteurs reçoivent des bourses et un fonds de points a été institué.
Démonstrations de Dragsters Blower Alcool, Jet Cars, Hod Rods réjouissent les spectateurs. 
Dans chacun des endroits visités, une partie des profits va à des œuvres caritatives.

LES PISTES


Alvan Dragway- St-Tite, Mauricie- Fondée en 1971 (à 1981) ; 1996. 1/8 de mille. Ouverture : 25 mai. Activités : vendredi et le dimanche aux 2 semaines. Promoteur : Aldège Lehoux
www.alvandragway.com
Autodrome St-Eustache- St-Eustache, Basses Laurentides- Fondée en 1969. 1/8 de mille. Ouverture : 17 ou 24 avril.  Activités : mercredi au vendredi incl .Promoteurs : Autodrome St-Eustache & Jacques Lebel

www.autodrome.ca
Drag St-Élie- St-Élie d’Orford, Cantons de l’Est – Fondée en 1997. 1/8 de mille. Ouverture : mi-avril. Activités : vendredi et dimanche. Promoteurs : Gérard et Dominic Furse.

www.dragstelie.com
Luskville Dragway- Luskville, Outaouais – Fondée en 1969. 1/8 de mille. Ouverture : 19 avril. Activités : vendredi, samedi et dimanche.  Promoteur : Arnie Malcom:
www.luskvilledragway.com

Napierville Dragway- Napierville, Montérégie- Fondée en 1962. 1/4 de mille. Ouverture : 30 mars. Activités : mardi, mercredi, vendredi, samedi, dimanche.  Promoteur : Ronald Brunet


www.napiervilledragway.com
Piste d’accélération de Pont-Rouge- Pont-Rouge, région de Québec. Fondée en 1966. 1/4  de mille.  Ouverture : 24 mai Activités : mercredi, samedi et dimanche. Promoteur : Jacques Lebel.
www.dragpontrouge.com
Sanair- St-Pie de Bagot, Montérégie-  1/8 ou 1/4 de mille. Ouverture` : 25 avril. Activités : les vendredis soirs et dimanches après-midis. Promoteur : Jacques Guertin


www.sanairacing.com

Photos

Sanair : Jacques Guertin et son assistante, Claudine Poulin.

Napierville :  Céline et Ronald Brunet entourés de leurs fils Nicolas et Carl.

 

 

Sports motorisés
DE PÈRE EN FILS,
DE FILLE EN PÈRE

 

AFFAIRES DE FAMILLE
- par Pierre LUC
De pères en fils ou en filles, entre frangins comme entre frères et sœurs comme en couples, nous découvrons un esprit de famille tricoté serré dans le sport automobile. À tous les niveaux et dans toutes les catégories. Sur fond de toile de respect, d’amour et d’admiration.

Les Villeneuve

Les grands honneurs à l’une des famille des plus célèbres dans le sport motorisé, Gilles et son cadet Jacques, dit « Mononcle » et Jacques fils de Gilles.
Le premier Jacques au sujet de Gilles : « Je le suivais partout. Il quittait un emploi, je le remplaçais ; il s’est lancé dans la motoneige, j’ai fais de même ; il a gagné en Atlantique, moi aussi. »
Devenu héros international, jusqu’à ce jour fatidique du 8 mai, en Belgique, Gilles a jeté les bases de l’espoir pour des générations à venir.
L’autre, premier Canadien à gagner une course Indy Car, est aujourd’hui de retour dans la motoneige. Où il se fait toujours dominant... à l’âge de 54 ans !
Un souvenir : en 1979, Jacques gagne en F-Atlantique dans l’Île Notre-Dame, le lendemain Gilles y triomphe une toute première fois en F-1
L’histoire du jeune Jacques aura débuté quand « Mononcle » l’a amené à l’École Jim Russell du Mont-Tremblant :
« Oui, je l’ai poussé », se rappelle le résidant de St-Cuthbert. » Il montait une motocross, nous avons fait un peu de go-kart, il disait qu’il aimait cela, qu’il voulait aller en course auto. C’était le gars de mon frère, le gars de la famille, nous y sommes allés. »
Du sang de Villeneuve !

Les Hill, les Rosberg,...

Quatre paternels auront pavé la voie pour un fils dans le grand cirque de la Formule Un. Soit Gilles pour Jacques Villeneuve, Graham pour Damon Hill, Mario pour Michael Andretti, ainsi que Keke pour Nico Rosberg. Alors que frappe à la porte, Nelson Jr. du réputé Nelson Piquet.
Un seul tandem père et fils deviendront champions du monde : Graham, deux fois titrés, dans les années soixante et Damon il y a dix ans.
À l’inverse, Jacques Villeneuve a réussi en 1997, ce que Gilles avait échoué en 1979.
Les seuls frères évoluant dans une ligue majeure de nos jours, sont Michael et Ralph Schumacher.

LES ANDRETTI, LES FOYT, LES UNSER

La famille la plus fructueuse en Amérique, les Andretti, représente trois générations. Jumeau de Aldo (père de John), nommé le « Greatest American Driver of All Times, Mario suivra de très près les activités de Michael et de Jeff, comme de son petit fils Marco.
Mario et Michael se sont assis dans le même baquet en courses d’endurance, ils ont partagé souvent la même première ligne de départ.
Grande première en 1991, le père, ses deux fils et le neveu prennent le départ de la classique d’Indy.
Polyvalent comme très peu, A.J. Foyt a pris place au Temple de la Renommée. Ses exploits comme ses frasques en font une figure haute en couleur. Malheureusement son fils Larry n’affiche pas la même hargne ; on se demande si le petit-fils, A.J. Foyt 1V aura plus de veine.
Le clan Unser, le plus large de tous, comprend pas moins de sept pilotes. Jerry, de la première génération, s’est tué en piste, alors que son enfant Johnny a connu une courte carrière.
L’un des ses deux frères, Bobby, roi du fameux Pikes Peak et l’un des plus spectaculaires en Indy Car, pourra applaudir son garçon Robby, grimper la côte victorieusement à son tour.
Le deuxième, Al, couronné à sept reprises en Indy Car, signera les meilleures performances de la lignée.
Tandis que « Little Al » se fera amplement valoir pendant deux décennies. Son garçon Alfred a couru à Montréal en F-Atlantique.

Les Audette, les Bourdeau, les Bélanger...

François Audette (karting, courses d’endurance, stock car, tout ce qui roule vite) : « Ma plus belle fierté : quand les gens me répètent que mes enfants sont polis et bien éduqués ; qu’ils deviennent des champions m’importe moins. » Mathieu (tourisme) et Rémy (monplace) font des vagues depuis leur entrée de jeu en 2004.
En Formule 1600, Michel Bonnet, 47 ans, et Olivier, 22 ans, ont animé la saison 2005, le premier s’avérant dominant : « J’ai réalisé avec Olivier un rêve de jeunesse », d’exprimer Michel.
Du même groupe, Serge Bourdeau, 50 ans, a entraîné Yannick, 21, et même le gendre, Éric. D’évaluer Serge : « Le fils a les meilleures lignes en piste, le gendre s’en vient bien... et le père a du nerf ; il n’est pas nerveux ! »
Jacques Bélanger, 50 ans, ne compte plus les titres mérités sur asphalte comme sur la glace ; Erik suivra-t-il dans les traces ? Réflexion du paternel : « Il a du père dans le nez. Avec un bon coup de volant et une bonne tête».
Henry Alder et Jean-David Alder roulent en Coupe Echo. Le premier, virtuose sur la glace durant deux décennies, verra-t-il l’autre l’imiter sur le pavé... ?
De la mère au fils...Le mannequin Monique Proulx (tourisme et monoplace) avait inculqué à son fils Stéphane la griserie de la vitesse : une carrière trop vite interrompue par la maladie, notamment.
Trois-Rivières ne nous a pas donné qu’un Grand Prix, aussi d’excellents pilotes. À commencer per les frangins Gérard et Richard Dumoulin, suivis par Louis-Philippe et Jean-François, puis les Roy : Richard, Isabelle et Stéphane C.

Les Petty, les Allison, les Earnhardt...

Le stock car de haut niveau, la Coupe Nextel (autrefois Winston Cup et Grand National) présente la seule famille de quatre générations toutes disciplines confondues, les Petty, de Lee à Richard à Kyle et à Adam mort en piste.
Un père et un fils affligés...Bobby Allison, endeuillé deux fois par Davey et Clifford ; Dale Earnhardt Jr. du plus grand de deuxième moitié du 20e siècle, Dale Sr.dit « The Terminator », tué à Daytona n 2001.
L’histoire retiendra aussi les frères Bodine, Waltrip, Pearson, Jarrett , Labonte...

Les Bouvrette, les Lacombe, les Goulet...

Dans les années cinquante, Gustave Bouvrette opérait une piste pour chevaux à St-Jérôme, complexe aménagé par la suite en anneau de stock car. Sa descendance s’intéressa donc à ce type de compétition. François d’abord, puis Jean-François, le monarque 2004 en Pro Stock à l’Autodrome St-Eustache donnèrent raison à l’aïeul : les chevaux vapeur valent bien les autres.
D’une descendance différente de Bourvrette, voici un autre tandem père et fils : Alain Bouvrette dont le parcours remonte aux années 80, se mesure au champion de la série Dodge pour camionnettes, Jonathan, 24 ans. (PHOTO)
De grand papa au petit fils, les Lacombe s’illustrent sur les pistes du Québec depuis belle lurette, Martin et Sylvain dans le sillage de Richard et de leur oncle le légendaire Georges Loiselle ; et voici Jean-Martin, fils de Sylvain.
Compétiteur émérite et producteur actuel de la série LMS (pour Late Model Stock Car), Donald Forté avait un héros : Raymond, un vainqueur de trente courses en une saison au Fury Speedway.
Lors de son 14e anniversaire, Martin Goulet Jr. a reçu une voiture de course en cadeau. Qu’adviendra-t-il de ce jeune prometteur, qualifié de patient et agressif à la fois, par Martin senior, un guerrier aguerri ?
« Je vais essayer de le lancer le plus haut possible, faire quelque chose de bon avec lui. S’il veut continuer, je suis prêt à l’appuyer. »

Pères et fils encore, rencontrons :
Le président de ANCA (Association Nationale Coureurs Automobile) et chauffeur émérite dans le temps, Yves Ladouceur et Steve, quintuple titulaire en Sport Compact....Doyen à St-Eustache, Roger Marineau indique la voie à Jacques... Paul Gauvreau, 61 ans, et Stéphane... L’as Roger Laperle et Jacques, deux de LMS ... Du même groupe, l’ado Christopher et le guerrier Yvon Bédard... Les nouveaux-venus Claude et Gaby Tétreault ... Pierre et Jean-Philippe Duguay, 15 ans; Marc et Charles- David Dumont en Légendes Modifiées... Dans cette classe, seule femme gagnante, Cindy Francoeur, se mesure à son frère Maxime.

Terre battue
La fierté de René Clair, une légende vivante, repose sur Mario et Gino.
Circonstance exceptionnelle, l’été dernier, les trois ont pris le départ d’une même course en division Modifiée.
Fierté aussi pour Bob Gatien, ex-coureur émérite et copropriétaire de l’Autodrome Granby, son fils Gaétan.
Et que dire de Robert Ranger une vedette pendant 25 années, vis-à-vis d’Andrew, la coqueluche du Champ Car. Plus d’un million de dollars ont favorisé les débuts du jeune surdoué, et on continue : « S’il veut aller en Formule Un, nous allons encore l’appuyer » promet Robert.

Accélération
Compétiteur redoutable pendant une vingtaine d’années et propriétaire de la piste d’accélération de Napierville, Ronald Brunet passe progressivement la commande à son ainé, Nicolas qui, comme le cadet Carl se complaît aussi à brûler l’asphalte .
À leur complexe, ils accueillent un quatuor de frères, les Frédéric, François, Luc et Nicolas Angers.
Fait rarissime dans le sport d’une fraction de seconde, un couple : Rudolphe, 51 ans, et Denise Nadeau, 46 ; leur maison déborde de trophées, récoltés par l’une comme par l’autre.
Rudolphe conduit un Alcool Funny Car. Pour un essai qui en présage de futurs, Denise y est allée d’un galop dans ce petit bolide. Elle raconte fièrement : « J’ai fais une ronde de 200 milles-à-l’heure sur un quart de mille, quelle sensation !»
D’autres assidus de Napierville, Natacha et Yves Colette. Elle avait 14 ans quand il surveillait ses débuts en Junior Dragster, voilà qu’elle prend la vedette chez les « Quick Sixteen ».
Nous demandons à la jeune femme de 20 ans : « Lequel est le meilleur de vous deux ? ». « Moi », répond-t-elle, un sourire dans la voix.

Les Erikson, les L’Estage...

« Les gens ne peuvent pas savoir le courage nécessaire pour s’assoir à côté du pilote dans une épreuve de rallye », de dire Sylvain Erikson dont la fille Chloé lui sert d’équipière au relevé Championnat canadien.
Chloé, 18 ans, ne témoigne pas moins d’admiration pour son papa un as de la discipline et l’ambition ne manque pas :
« Notre objectif : finir en avant d’Antoine ! »
Cet Antoine (L’Estage), considéré comme le meilleur pilote au Canada, a un frère, Mathieu, et une sœur, Laurence-Fanny, formant duo. Bon sang ne saurait mentir, Jacques L’Estage leur a communiqué cette passion de la vitesse débridée.
Autre tandem frère et sœur, celui de Marie-Ève et Julien Pilon, des réguliers sur la scène québécoise.
Affaires de famille tricotées serrées.

 

 

Contes et conteurs

 

 

 

LÀ OÙ
LA PAROLE FLEURIT
Soudainement, le Québec s’est éveillé au conte. Il n’y a plus que dans les fêtes et soirées familiales où on raconte, la parole s’étend partout, sortie des campagnes, s’installant dans nos villes. Nous vous présentons ici, un bref aperçu d’endroits propices à l’art de la parole. Et un conseil du signataire des ces lignes : attention, l’oralité s’attrape! Dans l’temps des fêtes surtout et même si tout ce qu’on vous raconte ressemble souvent à du fantastique, à de beaux mensonges, à de la rêverie.

Les Dimanches du Conte

Depuis 1988, les Dimanches du conte, présentés à la microbrasserie du Sergent Recruteur et menés par l’animateur-conteur Jean-Marc Massie sont devenus le happening hebdomadaire le plus couru en ville.
L’histoire nous rapporte en août 1998, alors que Massie et André Lemelin fondaient l’organisme à but non lucratif, les Productions du Diable Vert, laquelle s’était donnée pour but de faire la promotion du conte, des conteurs et conteuses, tout en privilégiant tout autant le traditionnel que le contemporain.
Une belle complicité s’étant établie entre le propriétaire des lieux, Louis Régimbald et Massie, ainsi que l’intérêt croissant pour cette forme d’expression, on fait que d’un horaire mensuel, les Dimanches du conte sont devenus hebdomadaires sont appelés les conteurs du Sergent Recruteur ceux et celles qui participent régulièrement aux soirées collectives.
Pépinière de nouveaux talents, le Sergent¸ d’autre part, attire un public dans la vingtaine surtout, nombreux ayant été « recrutés » dans écoles secondaires, cégeps et universités où les artistes de l’oralité se rendent de plus en plus.
(Sur la photo, Jean-Marc Massie et le propriétaire du Sergent Recruteur, Louis Régimbald)

Les Mardis Gras

Les Dimanches feront des petits, car André Lemelin –qui aura aussi fondé la maison d’édition Planète Rebelle, André Lemelin, ce défricheur, va bientôt inaugurer les Mardis Gras, réunion de conteurs à L’Intrus de la rue Rachel, à Montréal toujours. Cette fois-ci, il s’associe à Claudette L’Heureux.
Crées en septembre 2002, Les Mardis Gras se sont avérés rassembleurs, tel était le but de leurs fondateurs.
À tous les mardis (de septembre à mai) et le premier mardi du mois (juin à août), les Mardis-Gras reçoivent trois conteurs invités pour un spectacle de 2 heures.
Ici comme au Sergent Recruteur, on entend des gens des régions comme de l’extérieur du Québec, des gens qui passaient par ici, disons…
D’autre part, Lemelin comme Massie sont engagés dans d’autres activités, telles des festivals, l’espace nous manquerait pour décrire leur action au complet.

http://www.mardis-gras.net/
(Sur la photo, André Lemelin et Claudette L’heureux s’adressant aux spectateurs des Mardis Gras.)

Ailleurs à Montréal

Les vendredis Trad-Lib, animés par Yves Robitaille, fournissent également l’occasion aux aspirants de s’essayer. Les premiers vendredis du mois, ils se rencontrent à Par la porte d’en arrière, rue St-André, angle Jean-Talon.
Tandis que les troisièmes jeudis, Judith Poirier, du Cercle des conteurs, œuvre dans le cadre des Ateliers d’éducation populaire, rue Drolet.

Ça roule en Estrie

En Estrie, particulièrement à Sherbrooke, grâce à la passionnera Petronella van Dijk (photo) et les Productions Littorale, le conte fleurit. Pas assez au goût de ses promoteurs, tout de même davantage que partout ailleurs en province.
Au Café Pierre Jean Jase, on se réunit chaque deuxième dimanche du mois. Chez Yip, c’est le deuxième mardi, où il y a micro libre –c’est à dire que tous les aspirants peuvent plonger. Tandis qu’au restaurant Los Dorados, les derniers mercredis, on s’exprime aussi en espagnol. Donc, trois activités par mois, voilà qui n’est pas mal.
Par ailleurs, à Valcourt, l’Espace culturel Drainville et le Centre culturel Yvonne L » Bombardier accueillent également les conteurs. Y sont attendus en janvier et en février respectivement, Jacques Falquet de Gatineau et Oro Anahory et ses contes sépharades.

 

Et ailleurs au Québec

Au Presse-Café de Mont-St-Hilaire, Guy et Pauline Lemay convient à leurs Soirées des conteurs…Dans la Vieille Capitale, Bernard Grondin organise, Les Soirées Contes et Légendes au four Bar (Foubar)… à Hull, on a Les Contes du Mardi au Café Le Troquet, grâce à Jacques Falquet…Au Domaine St-Bernard du Mont-Tremblant, Les rendez-vous Contes du dimanche sont l’affaire de Brigitte Fauchoux…À l’Hôtel Yamaska de Cowansville, Paul Bradley anime LeRATconteTard…À Rimouski ça se passe au bar Rhinocéros, où Jean-François Denizon est l’hôte des Soirées de contes Rhinocéros… Au Centre des Loisirs de Saint-Louis de Richelieu, L’Heure Contes-thé sonne mensuellement (jeudi) grâce à Nicole Sénécal.
La parole fleurit. À n’en point douter.

 

 

Festin aux Îles de la Madeleine
LE FESTIVAL CONTES EN ÎLES

Les spectacles de conteurs sont de plus en plus suivis, les festivals de cet art oral se multiplient, la deuxième édition de Contes en Îles, celle de 2003 fut couronnée d’un franc succès. Les activités ayant débuté au port de Montréal, à bord du bateau Le Vacancier, elles se sont achevées de la même façon, mais le cœur de l’action s’est naturellement situé aux Îles de la Madeleine… là où le conte voyage.

Déjà, l’année précédente, la population de l’archipel s’était montrée enthousiaste devant cette manifestation, cette fois-ci, on a fait salle comble presque à toutes les représentations.

De l’audace

Les instigateurs de l’aventure, l’écrivain Sylvain Rivière et le producteur Gil Thériault, faisant preuve d’une certaine témérité, ont invité des conteurs natifs de 8 pays (comprenant le Québec), alors qu’ils en avaient reçu cinq en 2002. Le nombre des artistes étant passé de douze à 19 et les endroits de représentations de huit à une douzaine, pendant une période de 14 jours, le coup d’audace fut de lancer la fête à bord d’un bateau et de transporter artistes et personnalités jusqu’aux Îles.

À bord du Vacancier

Le départ du bateau Le Vacancier de la CTMA s’étant effectué dans le Vieux Port de Montréal, les voyageurs furent surpris de naviguer vers une température de plus en plus douce, les eaux de l’Atlantique ayant conservé leur chaleur en septembre.
À bord, en tout confort, le personnel souriant allait nous donner un avant-goût de l’affabilité des populations des Îles.
Alors que des arrêts à Québec et Matane permettaient de goûter à des boucheries saveurs du pays vers où nous nous dirigions, les spectacles ont commencé. Le premier à se faire entendre fut le Tchadien Abakar Adam Abaye, dit l’Enfant Noir. Celui-ci allait virer l’archipel à l’envers par son sens du spectacle et sa bonne humeur contagieuse. Il fut suivi par N’Diouga Saar, un Sénégalais d’origine établi à Montréal, où il opère le restaurant Keurfatou, rue Saint-Viateur.
Puis arrive Lorette Anderssen qui ne fera certes pas mentir sa réputation de conteuse raffinée. Présence scénique, force tranquille, un beau fleuron de la Suisse romande. Elle précédera le réputé québécois Jocelyn Bérubé. Tandis que l’aller se clôturera par la prestation du président d’honneur et porte-parole du festival, Fred Pellerin.
Le Vacancier fut le site de quelques autres prestations, en toute fin de festival, naviguant vers Montréal. Citons celles du Madelinot Didier Turbide, de Yvan Mercier représentant des Premières Nations, des Français Jean-Claude Desprez et Claire Mallet, des Québécois Simon Gauthier, Claudette L’Heureux et Alain Lamontagne, l’invité d’honneur..

Aux Îles

Dès l’arrivée, au port de Cap aux Meules, l’hospitalité des insulaires s’est manifestée, le groupe Échourie accueillant les visiteurs au son d’une musique traditionnelle.
Le premier mot revenant l’Ange-gardien du festival, le père Anselme Chiasson, l’âme qui fit connaître l’Acadie aux Acadiens par ses recherches du folklore, le père n’allait pas manquer d’étonner par la verdeur de ses 92 ans. C’était bien parti ! Nous étions au Paradis Plein-Air de Fatima, l’un des nombreux lieux de représentations, conférences , causeries, ateliers de formation, tables rondes, collectifs…
Du sud-ouest au nord-est de l’archipel, de Hâve-Aubert à Grande Entrée, en passant par la réputé région de villégiature Havre-aux-Maisons et Grosse-Île, on affichait complet bien souvent.
Alors que les Lamontagne, Bérubé Pellerin et Anne-Marie Aubin se relayaient auprès des élèves du primaire et du secondaire, Abaye rencontrait les gens du Club de l’Âge d’Or, Claudette L’Heureux celles des pensionnaires de la Villa Plaisance à l’occasion de la Journée internationale des personnes âgées.

Un festin

Que ce fusse aux populaires Café de la Grave, Bar Central et Aux Pas Perdus, que ce fusse à la radio et à la télévision communautaires, à la Garderie Chez Ma Tante, ou à celle de La Ramée, au Musée Old Harry ou encore au café-théâtre Chez Wendell comme aux endroits nommés Délices de la Mer, Claire de Lune ainsi qu’au Entry Island Historical Museum, la fête se poursuivait dans un véritable feu-roulant de contes, légendes, récits historiques.
Aux conteurs et raconteux mentionnés précédemment se joignirent le Madelinots André Vigneault et sa fille Karine, de même que Donald Pealey, Steeve Poirier, Gilles et Réjeanne Lapierre, le président d’honneur des Contes, Achille Hubert, une Viola Léger qui n’a plus besoin de présentation, le Terre-Neuvien Gérald Thomas, l’Irlandais Mike Burns, la Marocaine établie au Canada Myriame El Yamani, un festin qu’on vous dit !
Aux Îles, les activités se conclurent par le concours de la plus belle menterie (une histoire incroyable racontée sous la forme d’un récit authentique, en sept minutes); ainsi que par le duo Noir et Blanc composé des innéfables Abaye et Pellerin. Malheureusement nous avions dû prendre le chemin du retour.
Mais vous saviez ce qu’on répète aux Iles de la Madeleine : pour chaque trois visiteurs, deux reviennent. Ce sera le cas du signataire de cet article…un jour de contes de préférence.

Pierre LUC

Le Tchadien Abakar Adam Abaye sur le bateau Le Vacancier qui accoste aux Îles de la Madeleine. Derrière, le Mont Cap aux Meules, dans le village du même nom.

Une vétéran raconte : la Suissesse Lorette Andersen.

Avec toute sa verve, Simon Boucher, dit Simon du Fleuve.

Comédien, conteux et violoneux, nous avons nommé Jocelyn Bérubé.

Il est natif du Sénégal mais a pris racines et femme au Québec : N’Diouga Saar.

Donald Pealey , madeleinien de descendance irlandaise commence à conter et le fait avec passion.

Son violon se fait entendre d’une île à l’autre, Steeve Poirier raconte leur histoire musicale.

Sur les genoux de son grand-père John à Marin, Gilles Lapierre a appris ses premiers contes.

L’Acadienne Viola Léger est venu pousser son petit mot, bien évidemment.

Didier Turbide, comme pas un, chante et raconte la mer depuis 25 ans.

Premier prix du concours amateur cuvée 2003 : Éva Cormier Langford.

Guth Desprez écrit, conte et enseigne depuis une quinzaine d’années : un bon lot.

En route vers les îles, le directeur des opérations Gil Thériault et l’Ange Gardien en Festival, le Père Anselme Chiasson.

Confortablement installé sur le pont de Le Vacancier, Sylvain Rivière –directeur artistique- converse avec Anne-Marie Aubin.

Au Paradis Plein Air de Fatima, père et fille, André et Karine Vigneau.

Et au Café de la Grave de Havre-Aubert, mère et fille, Geneviève Cyr (Vigneau) et Karine.

En 2002, elle avait gagné le concours de la plus grande menterie, elle peut nous en pousser d’autres : Réjeanne Lapierre.

Ils avaient fait le voyage : Georges Welliquet du Festival du Conte de Chiny en Belgique, Petronella van Dijk de Les Jours sont contés en Estrie, Jean-Louis Bardier du Festival International de Vassières en Limousin (France).

Heureux de se retrouver, heureux d’être là : Fred Pellerin et le conteur-harmoniciste Alain Lamontagne.

Ils en avaient de bonnes à se raconter : Fred Pellerin et Claudette L’Heureux que vous rencontrez régulièrement à L’Intrus de Montréal, un haut lieu du conte.

À la radio communautaire CFIM de Cap aux Meules, Annie Lapierre dirige une table ronde à laquelle participent Diouga Saar, Alain Lamontagne, Lorette Andersen et André Vigneau.

Myriame El Yamani livrant son classique de conte La ligne à butin volante.

« Vous m’en direz tant », semble dire Anne-Marie Aubin devant…les dires de Jocelyn Bérubé.

L’homme de lettres Jean Fugère et Pauline Gervaise Grégoire de l’Office du Tourisme des Îles.

Fière représentante de la Suisse normande, Laurette Andersen interviewée par Yves Blouin pour Radio-Canada de Matane, à bord du Vacancier.

Belle assemblée féminine : Petronella van Dijk de Production Littoral, Natacha Glenac (marketing et logistique des Contes), Karine Vigneau, Annie Lapierre de la radio CFIM.

Bonne bouffe, bon petit boire entre conteurs : Myriame El Yamani et André Vigneau.

 

 

COMME DANS UN MAGAZIN DE BONBONS
En plus de quarante-cinq ans de métier, il m’a été donné d’être assigné à la couverture du Festival de Cannes, de Grands Prix de course automobile à travers le monde, de couvrir des compétitions internationales de ski, d’aller en interview à Paris ou assister à des spectacles à New York ou à Las Vegas, rarement aurai-je pris autant de plaisir que lors de ces six journées en compagnie des artistes et artisans de Contes en Îles.

Nouveau pour moi, cet art de l’oralité m’aura permis de découvrir un esprit de camaraderie qui me rappelait celui des chansonniers, il y a une quarantaine d’années, ainsi que des performers de grand talent.

Chaque jour nous apportait un nouvel arrivage de conteurs, c’était chaque fois des effusions de joie, ce monde semble éprouver un plaisir renouvelé à chacune de leurs rencontres. Comme lors des premiers pas sur scène des Moreau, Charlebois, Gauthier, Calvé, Létourneau, qui se trouvaient sensiblement tous au même niveau de carrière, les conteurs se racontent leurs joies, leurs petites misères, échangent des idées.

Quant au talent, ils en ont à revendre, que ce soit un Jocelyn Bérubé et son violon, un Alain Lamontagne et sa musique à bouche, un Abakar Adam Abaye et ses instruments africains. Chez les Québécois, celui qu’on appelle le Mozart du conte, Fred Pellerin pourrait, dans une salle de dimension relativement modeste, se comparer avantageusement avec la grande majorité de nos humoristes. Fred raconte mais il fait rire aussi, du rire mur à mur !

Contes en Îles, résultat d’une intention des Madelinots de prolonger la saison touristique aux Îles de la Madeleine, avait été confié à l’écrivain Sylvain Rivière (directeur artistique de l’événement), lequel a demandé la contribution d’un complice de quelques bons coups, le journaliste-photographe-producteur-homme de marketing devenu directeur des opérations, Gil Thériault.

«L’idée des contes m’est venue suite à mes promenades en Europe », raconte Rivière. « Je me disais : il faut faire ça aux Îles, où la tradition du conte est préservée grâce surtout à l’insularité. »

Selon lui, Rivière, nous vivons dans une société où on ne se donne pas le droit de rêver : « on pense que ça coûte trop cher ». Or, les conteurs sont porteurs de rêve, les contes ne présentent aucune barrière à l’imagination, tandis que ce festival de l’archipel s’avère une fête de l’humanité et de la parole; une fête pour tous les publics.

Ce n’est qu’en juillet de l’année 2002 où Thériault est entré en action, soit à environ deux mois de la première édition. « Je trouvais ça audacieux », dit-il, « on est venu rejoindre chez moi l’homme de rêve. Mais à une semaine de l’événement, nous n’avions pas encore le budget voulu, pas d’équipe, est-ce que ça allait être un flop total…? »

Cependant, la population a réagi vivement et positivement, les conteurs furent émerveillés, l’aventure s’annonçait belle et elle le demeure. Il faut dire que la simplicité de la structure des spectacles de conteurs, avec pas ou peu de musiciens ni systèmes de musique compliqués facilite le déploiement, d’une salle et d’un village à l’autre, donc s’avère moins coûteux, demande moins de ressources humaines que la plupart des autres arts de la scène. Quand même, nous nous trouvons ici devant une activité à caractère international, ce n’est pas de tout repos. Qu’à cela ne tienne, d’exprimer Thériault : C’est un charme de travailler avec les conteurs, dans l’amitié et le respect. »

Pierre LUC

 

 

DES CONTEURS RACONTÉS…
Plusieurs auront attendu longtemps avant que journalistes et photographes s’approchent d’eux, tous ont conservé une candeur rafraîchissante qui les rendent attachants dès le premier abord. Ce sont les conteurs. Ici un Sénégalais établi au Québec, là une professeure de province, là encore une dame de trente six métiers, 36 misères. Nous avons nommé : Diouga Saar, Anne-Marie Aubin et Claudette L’Heureux.

DIOUGA SAAR

Diouga, si on peut se permettre de l’appeler par son prénom, est ce Sénégalais vivant à Montréal depuis une vingtaine d’années. Il est celui, selon une description de lui-même fournie aux organisateurs de Contes en Îles, qui « emprunte le rôle du maître de la parole pour livrer l’aliment imaginaire ».

Marié à une Québécoise, père de deux adolescents, Diouga Saar se dit heureux de participer à la diversité québécoise, que ce soit aux Îles de la Madeleine, dans les Cantons de l’Est ou à Montréal, dans les écoles ou les bibliothèques.

Dans la Métropole québécoise, Diouga opère un restaurant, le Keurfatou, rue Saint-Viateur, où, cuisinier à l’occasion, il nous sert des spécialités de son pays d’origine. Les fins de semaine on y assiste à des soirées de contes, on y entend des chants et des musiques du monde.

ANNE-MARIE AUBIN

Professeure en arts et lettres au cégep de Saint-Hyacinthe, Anne-Marie Aubin enseigne aussi le conte et la littérature pour enfants. Conférencière, animatrice, conteuse, auteure, elle se passionne depuis toujours pour l’oralité. Elle conte depuis 1981.

Anne-Marie se spécialise dans les contes de fées, qu’elle considère des « personnages fascinants ». « Je les prends dans la tradition, explique-telle, et je les adapte de façon à ce que les gens d’aujourd’hui se sentent concernés. J’adore ce genre de contes parce que je suis encore une enfant. »

Madame Aubin a eu l’occasion de travailler en France et en Italie.

CLAUDETTE L’HEUREUX

On dit de Claudette L’Heureux, qu’elle a connu trente-six métiers et 36 misères…

« Comme ben du monde, j’ai fais toutes sortes de métiers, parce que je ne savais pas ce que je ferais quand je serais « grande », convient la conteuse originaire Maniawaki.. « Et puis je me suis adonnée à mettre le pied sur le merveilleux chemin du conte. Et voilà où je suis rendue. »

Pour se rendre là, Claudette L’Heureux s’est tout d’abord sentie interpellée à l’occasion du Festival interculturel de Montréal, en 1993, alors qu’elle a participé à La grande nuit du conte. Puis, après être allée s’occuper de ses parents, dans sa municipalité, elle a refait surface sur Montréal en 1998. Soit au moment où André Hamelin et Jean-Marc Massie ouvraient le Sergent Recruteur.

« Des soirs, il y avait plus de conteurs que de contés, mais l’aventure était lancée, dit-elle.

Et si désormais les « contés » se font plus nombreux, c’est tout à la joie de Madame Claudette :

« On voit du bonheur dans les yeux, et nous sommes étonnés de constater le bas-âge des gens qui viennent écouter. Il y a quelque chose de convivial dans le fait de se faire conter des histoires. »

 

 

ALAIN LAMONTAGNE :
taper des pieds….
jouer de la musique à bouche
et conter !
Alain Lamontagne a été comédien, il est devenu un harmoniciste recherché et ensuite l’un des pionniers du conte au Québec. En septembre dernier, dans une unité du Château Madelinot des Îles de la Madeleine, où se tenait le festival Contes en Îles, nous avons fait un brin de jasette.

Avant d’entamer une reproduction de notre conversation avec Alain Lamontagne, rappelons que…
Alain Lamontagne a d’abord été comédien, de 1973 à 1976 surtout, devenant l’un des membres fondateurs du groupe La Veillée (qui a pignon sur rue au Théâtre Prospero), avec les Julien Poulin, Marie Eckel, Gabriel Arcand… Puis il a commencé à jouer de la musique à bouche.
Sur disque, Lamontagne a accompagné bon nombre de chanteurs, Vigneault, Piché, Plume pour ne nommer que ceux-là. Mais aussi Michel Donato, lui association ayant duré de 1992 à 1998.
Depuis 27 ans, Lamontagne gagne sa vie à conter, il s’est produit sur 5 continents, des fois comme conteur, des fois comme musicien selon la langue du pays.

Devenu conteur

-Alain Lamontagne, on répète que le conte existe depuis qu’Alain Lamontagne raconte…
- Ah, le conte existe depuis bien plus longtemps… Quand l’être humain s’est organisé, après avoir mangé et tout, les gens ont commencé à raconter des histoires. Cela dure parce qu’on aime entendre autant des calomnies et des médisances et ragots que de se laisser transporter par une histoire.
- Et puis est venu la musique…
- Par après, on tapait des pieds, on jouait de la musique à bouche il manquait la parole.
- Pour vous qui étiez musicien, c’est comme devenu une déformation professionnelle de chanter…
- Un guitariste va pouvoir s’exprimer aussi par la bouche. Moi, harmoniciste, je trouvais qu’il me manquait quelque chose : j’avais le rythme avec la percussion des pieds, j’avais la musique, il me fallait les mots. C’est là que j’ai commencé à raconter des histoires. J’étais devenu un conteur.
- Toutes sortes d’histoires ?
- Disons que je suis un conteur-auteur. Ce sont soit des histoires que j’écris, ou des adaptations de mythes grecs, ou encore sur des pensées philosophiques en général. J’essaie de parler de ce qui intéresse l’humain : l’amour, la mort, le manque de communication… et aussi de trucs invraisemblables.

…et conteur important

- On dit aussi que, dans la francophonie, vous figurez parmi les conteurs les plus connus et importants.
- C’est que maintenant il y a une mode. Avant, les gens ne disaient pas que j’étais un conteur mais que j’étais Alain Lamontagne, tout simplement. D’autres ont surtout connu l’harmoniciste. Toutefois, je suis content d’avoir « garder le fort », d’avoir continué à faire quelque chose que j’ai toujours aimé. Aujourd’hui, c’est devenu populaire et j’en suis content. Les conteurs et les festivals se font de plus en plus nombreux, on semble nous découvrir, mieux apprécier notre talent…
- Le monde aime ça, comme on dit…
- Dès que quelqu’un entend un bon conteur, de bonnes histoires, c’est rare qu’il n’est pas séduit et qu’il n’a pas hâte de revenir.

 

 

SIMON GAUTHIER,
DIT « SIMON DE LA MER »
Parce qu’il a toujours habité près de l’eau, on l’a surnommé « Simon de la mer ». Il s’agit de Simon Gauthier, l’homme à l’égouine, de la deuxième génération des conteurs québécois qui affirme : C’est Faubert qui m’a starté ! »

Simon Gauthier est conteur depuis 1997. Sac à dos depuis toujours, sa scie musicale toujours à portée de main, ce natif de Sept-Îles se dit de la génération de conteurs qui suit celle des Alain Lamontagne et Sylvain Jocelyn Bérubé et, surtout, d’un Michel Faubert. Ce qui lui fait s’exprimer : « C’est lui, Faubert, qui m’a starté ! »

En France

Allumé donc, par cette première vague québécoise de conteurs, Simon Gauthier est « parti pour la bohème », selon sa propre expression, pendant environ 3 ans, offrant ses services dans les cafés. Enjoué comme toujours, il ajoutera : « Je leur disais que je n’étais pas un compteur d’Hydro-Québec mais un gars qui disait des contes… »
Puis il a crée sa propre route, s’amenant un jour à Timon, en France, sans s’être trop annoncé. On lui a donné une petite chance, il en a fait son nid, si bien qu’on l’entend deux, trois fois par année dans l’Hexagone. « En fait, je tourne davantage en France qu’au Québec », expliquera-t-il à notre surprise.

Festival de Tadoussac

S’il a dû en raconter beaucoup de choses pour qu’on le laisse raconter, Simon Gauthier réalise désormais avec satisfaction que, maintenant, on frappe chez lui pour obtenir ses services.
Toutefois, c’est à Tadoussac, où il a vécu pendant 4 ans que Gauthier a apporté l’une de ses importantes contributions fondant le Festival des conteurs en rafale dont la cinquième édition aura lieu en mai 2004.
Rien que là, à Tadoussac, en plus d’avoir beaucoup promener ses pas entre Québec et Natasquam, c’est là où il a donné plus de 250 spectacles, ce qui n’est pas rien.

Près de l’eau

Simon Gauthier vit présentement à Verchères, pour se rapprocher de la colonie des conteurs, ses camarades. « Mais Sept-Îles, Tadoussac, Verchères, j’ai toujours été à proximité du fleuve. C’est sans doute pourquoi on m’a surnommé « Simon du fleuve ».
Et comme s’intitule le récent CD de Simon Gauthier ?
»De la mer à l’au-delà ».
Un gars qui a de la suite…dans ses contes.

 

 

FRED PELLERIN,
ÇA LUI EST VENU DES VIEUX
Si auparavant Fred Pellerin racontait toutes sortes d’histoires pour gagner sa vie…aujourd’hui qu’il pratique à plein temps, l’artiste de St-Élie de Caxton a fait du conte SA VIE.

Après Michel Faubert, il serait le conteur le mieux rémunéré au Québec, il a deux livres-CD (chez Planète Rebelle) à son actif en quatre ans de carrière, rares sont les festivals qui ne tiennent pas à sa participation, sa présence garantit des salles pleines, nous pourrions ajouter qu’il est devenu une vedette. Voyons ce que le principal intéressé en pense.

-Fred Pellerin par-ci, Fred Pellerin par-là, les commentaires sont toujours élogieux, on vous dit le « Mozart du conte », ça vous gêne si on vous accole le mot « vedette »?

- Ben, une vedette, une vedette… ça va ben, en fait. Ça délire, ça disjoncte, les publics qui sont là aiment ça… C’est peut-être des adons mais c’est vraiment la belle vie! C’est plus que j’aurais pu rêver. Je ne pensais même pas qu’on pouvait vivre du conte au Québec. Donc, je laisse aller les affaires.

Les vieux qui racontaient

- D’où vous est venue l’impulsion de raconter ?
- Ça m’est venu des vieux, comme des un peu moins vieux. autour de moi : ma grand-mère, Eugène Garand, pépère, Jacques Langlois, Ferdinand Garceau qui racontaient des histoires et que nous écoutions. En fait, ils ne se rendaient pas compte qu’ils racontaient, c’était un peu comme on discute, mais tout d’un coup ils disjonctaient, ils prenaient le plancher. J’aimais ça les écouter.
Puis je suis devenu guide touristique dans ma région, à St-Élie de Caxton, j’ai travaillé dans l’animation, toutes des jobines qui ont fait que j’ai disjoncté à mon tour, que je prenais le plancher…
Après ça, j’ai vu Michel Faubert, Alain Lamontagne et Jocelyn Bérubé, et j’ai découvert que c’était possible de le faire.
- Vous vous êtes senti chez vous dans cet univers…?
- Oui.
- Et puis on se promène à travers le monde…
- Dans la francophonie en fait : Canada, France, Belgique, Suisse, je ne suis pas allé en Afrique encore : ça va venir. Il y a des réseaux de contes : une dizaine au Québec, 70 en France…
- Certains comme Lamontagne, Bérubé et vous-même ajoutez de la musique, elle fait partie intégrante de vos spectacles…
- J’ai ma guitare, un harmonica et j’embarque mon accordéon dans le char quand je ne suis pas trop paresseux. Sinon, c’est de la mandoline. Je joue aussi un peu du piano. La musique, j’en faisais surtout quand j’étais dans le groupe traditionnel Les tireux de roche. Mais disons que je m’arrange pour voyager le plus léger possible.

Des histoires de son village

- Chose certaine, vous semblez vous amuser, sur scène comme ailleurs.
- Je joue beaucoup avec l’humour. On me demande souvent si je suis un humoriste, mais j’aime mieux être étiqueté « conteur », parce que c’est mon but, conter des histoires de mon village.
- Un peu cabotin, non, cherchant à faire rire les audiences?
- Oui, mais en même temps, bien souvent les gens rient et je ne sais même pas pourquoi. J’ai la paranoïa du pantalon ouvert, d’une saleté au bout du nez, je me demande toujours s’il n’y a pas quelque chose qui dépasse… Bon, ça rit, donc je prends ce courant-là. C’est un bel outil, c’est vendeur, le rire. Dans le sens où une fois que les gens ont un peu ri, nous pouvons les amener ailleurs si nous le voulons.

Conseil aux aspirants

- Qu’est-ce qu’on dit, Fred Pellerin, aux personnes qui se sentent interpellés par le conte, comment peuvent-elles s’y engager?
- En écoutant, la plus grande qualité d’un conteur étant d’écouter. Après ça, ils prennent le micro qui leur est offert. Le conte est tellement facile, autant par l’oreille que dans sa pratique. Contrairement à la musique et au théâtre où ça prend de la formation, des amplificateurs, des éclairages, une machine de production. Le conte, on prend juste une chaise de bois et un micro quand il y a beaucoup de monde. C’est facile de s’essayer.
- Il en existe des endroits avec le micro ouvert pour débutants?
- Aux Mardis Gras de L’Intrus, rue Rachel à Montréal, la deuxième partie est réservée aux gens de la salle. Ils prennent le micro et racontent une histoire, point final.

 

 

JOCELYN BÉRUBÉ…
grain de sel et cœur d’enfant
Parce qu’il a été comédien, Jocelyn Bérubé est l’un des conteurs dont le nom sonne familier aux oreilles du grand public. Voilà maintenant qu’il conte et pourtant il ne s’en lasse pas au contraire. Un court question-réponse en compagnie de celui dont on vient d’éditer le livre-CD intitulé Portrait en blues de travail.

-Jocelyn Bérubé, votre nom et votre visage demeurent familiers…
- Je ne me considère pas comme quelqu’un de très connus…un peu parce que j’ai participé à différentes affaires : allant de comédien –ce que je fais encore un peu- à musicien.
- Vous avez été comédien d’abord…
- Dans les années 70, j’étais dans une troupe qui s’appelait Le Grand Cirque Ordinaire; au cinéma j’ai joué dans Gina et dans L’Homme à tout faire et, à la télévision, notamment, dans L’Héritage. Mais tout à côté de ça, je débutais dans un autre métier, celui de conteur.
- Et vous étiez musicien…
- J’ai commencé à conter en 1972, au Grand Cirque Comme je jouais du violon traditionnel, le conte est arrivé là-dedans. Tranquillement, du temps de la Casanous, à Montréal, et en province, je contais des histoires, à la bonne franquette. Puis en 1976, j’ai produit un long-jeu, Nil en Ville, d’après le village où je suis né, Saint-Nil, du bord de la Gaspésie, dans les terres, un village désormais fermé, un phénomène qui continue. On en parle pas beaucoup de cet exode, parce qu’il se passe tellement de choses dans le monde, mais…
- On dit que vous êtes tellement pris dans vos histoires qu’on dirait que c’est vrai, peut-être là une conséquence de votre formation de comédien…
- Ça ne nuit pas. Parce que parfois il y a des personnages à jouer, qui parlent à travers le conte, il faut donc leur donner un peu de caractère. Quand même, disons que les contes il faut prendre ça avec un grain de sel et un cœur d’enfant…
- Depuis maintenant plus de vingt ans que vous contez et vous semblez toujours vous amuser…
- Ça m’amuse autant qu’avant. Ça ne diminue pas. Même si c’est toujours à refaire, c’est comme si c’était la première fois. C’est même plus amusant parce que le public est plus considérable et plus réceptif. T’as plus à te battre pour passer ton matériel. Maintenant, les gens savent, ils viennent écouter ça, ce qui nous est ben agréable. »
Contez, contez encore, Jocelyn Bérubé, car ça nous est ben agréable itou.

 

 

OBJETS DE CADEAUX,
CES LIVRES-DISQUES
DE PLANÈTE REBELLE
Noël, la Saint-Sylvestre, la Saint-Valentin, quelle belle période pour le conte, l’imaginaire, le fantastique : à la télé ou au cinéma, en trois dimensions et, depuis cinq ans, en livres, des livres accompagnés d’un disque. Pour enfants, bien sûr, mais pour adultes c’est sûr aussi! Alors voici une suggestion de cadeaux à l’occasion de ces fêtes, des produits de Planète rebelle de Marie-Fleurette Beaudoin, tous d’une qualité renversante parce qu’exceptionnelle.

En textes, photos, mots, délires, musique, c’est d’abord à un ouvrage festif que nous invite Planète rebelle avec Les Dimanches du conte. Déjà cinq ans! qui réunit les conteurs du Sergent Recruteur. Récits de vie, contes du terroir et contes urbains, histoire philosophiques ou poétiques tracent un paysage où se côtoient les plus vieux maîtres et de jeunes émules. Et comme chefs d’orchestre, les deux fondateurs des Dimanches du conte : André Hamelin et Jean-Marc Massie. Le livre s’accompagne de l’enregistrement sur CD du premier spectacle anniversaire, en compagnie des musiciens Maryse Poulin et Nicolas Letarte.
Autre association, avec les Productions Littorale de Petronella van Dijk, en blanc et en noir : Les jours sont contés Portraits de conteurs, avec des textes de Christian-Marie Pons et des photos de Danielle Bérard Le CD nous permet d’entendre les grandes pointures : Michel Faubert, Marc Laberge.
Portraits en blues du travail de Jocelyn Bérubé se propose comme un ouvrage de maturité. Le vétéran conteur a voulu redonner aux gens d’ici ce qui est à eux : comme un trésor qu’il aurait trouvé sur la route de l’imaginaire et dont ils en sont les propriétaires. Des portraits, des figures emblématiques que Bérubé a récoltées à travers le Québec. Le CD nous fait également vivre de beaux moments, alors que le violon du conteur s’accorde avec le piano, l’accordéon, l’harmonica, le tapage de pieds…
Dans la collection Paroles, Fred Pellerin nous entraîne dans l’univers à la fois grandiose et fragile de Babine, le fou du village, le souffre-douleur, celui par qui l’on pense que tous les malheurs du monde peuvent advenir. « Une histoire qui en dit long sur un homme qui avait le dos large », dit Pellerin. Cependant, Il faut prendre le taureau par les contes se veut –et réussit à l’être! une œuvre teintée de tendresse, qui se déploie au sein de Saint-Élie-de-Caxton, village où vit Fred Pellerin.
Dans cette même collection, pour les familiers du conte dit traditionnel, dans Raconte-moi que tu as vu l’Irlande, Mike Burns, en bon irlandais, fait œuvre d’humour : il joue avec les mots et valorise les calembours et les locutions mémorables, sortes de chorégraphies verbales, trait distinctif de la culture européenne.
Arrêt, stop, faisons place à René Robitaille, qui oscille avec un pareil bonheur entre contes pour adultes et ceux pour enfants. Ouvrage paru il y a quelque deux ans, Contes coquins pour oreilles folichonnes : parfois délicieux souvent malicieux, pour oreilles dégourdies, ils nous invitent à la rencontre de licencieux personnages, comme la petite Nitouche, craignant avoir échappé son précieux personnage dans la rivière; ou encore ce brave chevalier capable de converser avec la bouche secrète des femmes.
Tandis que pour les enfants (7 à 12 ans), la rencontre de Renée Robitaille et de l’illustratrice Éloïse Brodeur nous vaut un petit bijou, en ensemble s’imposant comme un incontournable dans les idées-cadeaux : Gourmandises et diableries. Les trois textes choisis et adaptés par la conteuse puisent à la tradition populaire qui a influencé l’imaginaire des enfants à travers le monde. Le talent de dire de Robitaille, les dessins et le choix des couleurs de Brodeur se conjuguent dans un produit tout simplement merveilleux!
Voici un collectif de femmes, Tant d’histoires autour des seins, avec des illustrations de Guth Desprez, des récits qui nous rappellent, entre autres, comment le cancer du sein vient ébranler les mythes qui jalonnent l’histoire de l’humanité.
Nous trouvons aussi Contes traditionnels du Canada, ouvrage issu d’une série éducative de Radio-Canada International, destiné à l’apprentissage du français pour des enfants d’autres pays, dont la Chine.
Et n’oublions certes pas les contes du recueil d’Oro Anahory-Librowicz, issus de la tradition juive et qui se présentent sous le titre Les contes ds mille et une sphères. Magnifique conteuse que cette dame.
Ces ouvrages, disponibles en librairies se vendent à un coût approximatif de vingt dollars.

Planète Rebelle: 514.278.7375
info@planeterebelle.qc.ca

 

 

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