Archives d'Août

Feuille de route
de Pierre Luc

 

Août 2004

 

CHEZ
CLAUDE LÉVEILLÉE

Rencontre récente avec un Claude Léveillée handicapé des suites d’une hémorragie cérébrale, à l’occasion du lancement de sa biographie (tome 1) rencontre fort émouvante, qui n’aura constitué qu’une des étapes qui m’interpellent. Qui me ramènent dans le temps…
1957…Étudiant en art dramatique chez Sita Ridez, François Tassé m’amène chez Paul Buissonneau qui monte Les Oiseaux de Lune…Dans la troupe, il y Jean-Louis Millette, Yvon Deschamps, Tassé et Claude Léveillée dans le rôle principal. Nous jouons à La Comédie Canadienne –devenue le TNM. C’est nous les petits oiseaux, cui cui cui…c’est nous…

1959.- Édith Piaf se rend entendre Les Bozos, rue Crescent, à Montréal. La troupe regroupe Léveillé, Jean-Pierre Ferland, Hervé Brousseau, Clémence Desrochers, Jacques Blanchet. Je suis dans la salle, ce soir-là. Agenouillé près d’elle, je pose une question à la Môme Piaf qui, dans un premier temps, me répond : « Mais mon petit, tout le monde me pose cette question… » Puis elle est devenue aimable…Et a amener le Claude avec elle, à Paris.
116 Avenue de Reuilly, - Pendant six mois, j’habite une chambre de bonne; deux étages au-dessous le comédien Aubert Palascio se trouve mieux logé. Comme l’aura été Léveillée pendant quelques mois. Les grands esprits ont donc hanté cet immeuble du 12e arrondissement!!!

De retour au Québec, nous reprenons la route des boites à chanson, Léveillé devient une vedette…la rencontre avec la femme qui lui a donné un enfant –Micheline, une artiste…les entrevues…la Butte à Mathieu, une espèce de complicité entre le journaliste friand de produits québécois et ceux qu’on appelait « les chansonniers ».

Ensuite, un grand trou. Une trentaine d’années plus tard, à l’été 2003, nous nous reconnaissons. Claude est appuyé contre le mur extérieur de l’Outremont, nous faisons vite tellement il est sollicité, à l’occasion du lancement de son plus récent album, Mes immortelles. Septuagénaire, il ne ralentit guère ses activités dans cette période. Je lui demande comment il y arrive, jusqu’à quand il veut continuer. Il me répond que l’exercice lui permet de tenir la forme…qu’il poursuivra –ne me souviens plus du terme précis- jusqu’à ce que la mort le surprenne à son piano.

Un destin plus fourbe le frappera, ce 27 avril, sur une scène montréalaise : lui laissant la vie mais menaçant de le priver d’une de ses mains de pianiste.
Interpellé à nouveau, je vis un peu, pendant une heure, son désarroi, au rythme de ses émotions sensibles. Moi qui, il n’y a pas longtemps, aie accompagné mon ex-conjointe pendant les longs mois de réadaptation suite à un ACV : le coma, les tubes, la privation du parler et du manger… Je comprends le désarroi de cet homme qui veut marcher d’abord, qui ne nous parlera pas de ses rêves de musicien. Qui se refait une santé, un autre « moi », comme si la vie avait deux, trois enveloppes à notre disposition.

30 août 2004

 

Jean-Marc Massie remet ça au Sergent Recruteur de Montréal, avec ses Dimanches du Conte. Mais ses activités ne se limitent pas là, comme nous verrons. En tout, une trentaine de rencontres dominicales, boulevard Saint-Laurent, notamment en compagnie de :
Martin Gauthier et son Arracheur de dents, les Contes surprises de Francis Désilets, le personnage d’Ubert Sansprés d’Éric Michaud, les Contes animaliers de N’dou Cassar. Il aura aussi, en plus du Conteur du Mois, des soirées thématiques : Nouveaux visages du Québec, Contes de la Nouvelle-France, Parlures d’Acadie, Les Marie conteuses…

Cette 7e saison débute dimanche, le 12 septembre, alors que sera présentée la plus récente mouture du Cabaret des Dimanches intitulée L’Incroyable odyssée du Sergent Recruteur avec les François Lavallée, Claude L’Heureux, André Lemelin et le meneur de jeu, Jean-Marc Massie. Ce « Cabaret » sera ensuite offert dans les Maisons de la culture de Montréal, dans les cégeps de Québec ainsi qu’à la Forge à Bérubé des Trois-Pistoles et la Basoche de Hull. Cette année, le mois d’octobre sera consacré aux conteurs du monde avec la nouvelle série Contes autour du globe.

Pour l’occasion, on accueillera les Africains : Hubert Maleva (République démocratique du Congo), Gervais Lakossos (Centrafrique) et Toumami Kouyaté (Burkina Faso) –ceux étant probablement invités au Festival de Sherbrooke-. Dans cette même série :le Libanais Jihad Darwiche, bien connu Des Québécois, le Breton Patrick Ewan, le Français d’origine juive Moïse Fdida. Entre l’Afrique plurielle et l’Orient imaginaire en passant par la Bretagne, laissons-nous envoûtés par ces paroles millénaires. Ce programme ne saurait être complet sans… Mais nous y reviendrons.
Massie, Jean-Marc, je prends un abonnement…

22 août 2004

 

BLA, BLA, BLA…

Véronique Cloutier bien installée à Radio-Canada, Sonia Benezra qui parcourt le monde, Geneviève Borne qui a son show à TVA, Catherine Vachon elle aussi bien en scelle, de toute évidence, Musique Plus s’est avérée une bonne école pour ces jeunes femmes. Qui sera la prochaine à brûler l’écran des grands réseaux...? Ces deux-là ne cessent point de faire sonner la caisse enregistreuse : les auteurs de continuités à succès Sylvie Lussier et Pierre Poirier vont nous parler eux-mêmes (devant la caméra) d’écriture à M’as-tu lu ?, nouveau concept diffusé par Télé-Québec…Marie-Thérèse Fortin définit ainsi une partie de son boulot en tant que directrice artistique du Théâtre d’Aujourd’hui : « Accompagner le travail des auteurs, leur procurer l’espace qu’ils ont besoin pour s’exprimer, et en les positionnant dans la dramaturgie. »… Vrai, RDI a déjà 10 ans…? En janvier ce sera, en effet… Une des bonnes nouvelles émanant de Radio-Canada : Raymond Saint-Pierre qui réalise désormais des reportages à Zone LibreClaude Mackensie : « La politique sépare les gens, la musique les unit. »…Lors de la présentation du livre de Claude Léveillée, chez l’auteur-compositeur, rencontre du journaliste Jean Lorrain, lui aussi victime d’un ACV, il y a quelques années. Chanceux (dans sa malchance, bien sûr), Jean n’a conservé que très peu de séquelles de son attaque…En bonne santé, le cinéma québécois ? En apparence, oui, du moins : la semaine où Les cinq doigts de la main ouvrait le Festival des films du monde, sept longs-métrages du Québec étaient annoncés dans La Presse, soit autant que des produits de France. Un bon score.
20 août 2004

 

LES MARDIS-GRAS DÉMÉNAGENT

Les Mardis-gras, soirées de conte déménagent de la rue Rachel au Café-Bar SOHO de la rue Saint-Hubert. Dans ce que André Hamelin et Claude L’Heureux ont baptisé le Salon Rouge, une quarantaine de personnes assisterons aux représentations (sans micro, pas de scène, pas de spot ) dans une ambiance conviviale. Un seul conteur par soirée –comparativement à trois à L’Intrus-, Madame L’Heureux se réserve le privilège de donner le coup d’envol. Une quinzaine de raconteux se succéderont d’ici Noël dans ce que les deux complices décrivent comme « un lieu à l’échelle humaine ». On y reviendra et, sûrement, la semaine prochaine, les « inventions » de Jean-Marc Massie au Sergent Recruteur et ailleurs.

Petronella fonce !
Dans les Cantons de l’Est, la battante Petronella se paie un programme double le samedi 11 septembre, avec la complicité de Mathieu Lippé à la Salle du Littoral de Sherbrooke. En matinée, Mathieu éveillera l’imagination de jeunes et moins jeunes avec L’arbre à Cadabras dont des hommes vêtus de chapeaux noirs, de gants noirs et de manteaux noirs veulent s’emparer. Mais trois petits amis verront à ce que les fruits de l’arbre demeurent un bien commun. En soirée, L’épopée d’un poteau est une allégorie dans laquelle un poteau de téléphone entreprend la quête de devenir un arbre…En fin de mois, dans la même salle (138, rue Wellington Nord), on conte en espagnol et en français à l’occasion d’un micro libre qui revient chaque dernier mercredi. Pour les amoureux des langues…Auparavant, les 25 et 26, Claudette L’Heureux aura donné son Atelier d’initiation au conte. Chaque participant devra avoir un conte à son arrivée à l’atelier, conte qu’il aura choisi dans un livre ou qu’il aura retenu.

15 août 2004

 

COUPS DE CŒUR
DES FRANCOFOLIES

Montréal a repris son rythme normal, ne reste pratiquement plus que le FestiBlues pour nous réunir. Un festival préféré, les FrancoFolies aura apporté son lot de plaisirs et de promesses.

Dès 15 heures, le site s’animait de belle façon grâce à Les petites Tounes. Les enfants en redemandèrent, il fallut ajouter des représentations quotidiennes.

La scène idéale pour se mettre en train, adultes comme plus jeunes, Au Monde Forain, présentait cette année la troupe cosmopolite Les Anges de la Rue, acrobates, personnages colorées, musiques du monde.

Premier coup de cœur, le spectacle de Claude McKenzie, un gars qui revient de loin, après ses deux accidents de voiture, sa lutte contre l’alcool, l’emprisonnement, le travail sur les chantiers de construction dans l’Ouest, des engagements lors de mariages pour gagner sa pitance. Puis, l’ex-Kasthin a retrouvé sa guitare six cordes pour de bon. Son disque Pishimuss (Petite Lune), il est venu nous le présenter avec fierté. Voix puissante, entrain, bonne bouille, le Montagnais a visiblement apprécié l’accueil qui lui était réservé. De par sa prestation vivifiante, l’interprète auteur et compositeur l’aura bien mérité. Claude McKenzie ne chante qu’en innu, mais son timbre de voix, ses musiques nous rejoignent inlassablement. Si l’homme de 37 ans parvient à tenir ses démons enfermés, l’artiste aura relancé sa carrière. Les Français et leurs fantasmes d’exotisme vont rouler le tapis rouge lui.

Ce même soir, il n’aurait pas fallu que « Patapouf Jean Charest » se trouve dans l’audience, car il s’est fait varloper de verte façon par Karlof Galovsky de Le Karlof Orchestra. On le surnomme le « poète maudit », ce qui n’est pas loin de la réalité. Dynamisme et entrain se marient assez bien avec la « rime baveuse » du personnage.
J’aurais voulu vous dire grand bien de Majoly, celle qui se spécialise dans la musique de film –avec un Ours d’argent en Allemagne et un Bayard d’Or en France…je ne vous en dirai de mal uniquement que sa prestation scénique manque d’aplomb. Ses présentations aussi. Cent fois sur le métier…

Pendant ce temps-là, les privilégiés se laissaient charmer par un jeune de 87 ans, Henri Salvador,dans la Salle Wilfrid-Pelletier. Madame Lou et moi n’avions pas les 120$ pour nous acheter chacun une place aux derniers rangs du deuxième balcon. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, nous nous sommes consolés en pensant que l’été…s’est fait pour jouer dehors !

Autre journée, autre spectacle, nous sommes allés «jouer » avec les filles, les « chics électriques » d’Andrée Waters. Comment ne pas s’arrêter devant la scène Ford Faucus pour ce spectacle tant médiatisé ? Une foule considérable en ce samedi après-midi les attendait avec impatience.

C’était son spectacle, sa scène, Andrée Waters a su bien diriger la circulation. Voix puissante, douée de charisme, fougueuse et bondissante, c’était son show à elle ! Elle qui n’a que vingt-et-un ans, soit 12 de moins que Marie-Chantale Toupin. Toutes les chanteuses sur ces planches sont dans la jeune vingtaine : Annie-Major Matte, 25 ans, Amélie Veille, 22, Gabrielle Des Troismaisons, 21 seulement. Et combien de chemin parcouru déjà pour cette dernière.
Quand elles vont toutes bien s’ouvrir la bouche pour prononcer les mots, qu’est-ce que ce sera ! Dans l’esprit de tous, désormais, voilà la rockeuse montante : Andrée Waters Sa prestation aux FrancoFolies n’aura que confirmé ces attentes.

Mon grand fun des Francos ‘04 a nom Blues Gitan, formation menée par le chanteur et guitariste corse d’origine Denis Violletti et soutenue de façon magistrale par la violoniste tzigane hongroise Kristin Molnar. Elle tire de son instrument des sons incomparables. Stéphane Tellier à la guitare et Roger Cloutier aux percussions complètent le groupe formé l’an dernier, et auquel s’est joint ce cabotin de contrebassiste et chanteur Angelo Finaldi. Musique venue de tous les temps, mystérieuse, envoûtante, expression d’âmes nomades parcourant le monde depuis des siècles.

9 août 2004

 

 

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